Il plante des bambous à 60 centimètres de la clôture près de Toulouse : deux ans plus tard, son voisin exige qu’il arrache toute la haie

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Il était sept heures, un samedi de mai, et le café fumait sur la table de jardin encore humide. Julien écoutait les bambous frotter les uns contre les autres, ce bruit sec de papier froissé qu'il aimait tant. Puis la boîte aux lettres a claqué. Dans l'enveloppe recommandée, son voisin lui demandait d'arracher toute la haie avant la fin de l'été.

Un pavillon à Colomiers et l'envie d'être enfin tranquille

Julien, 44 ans, technicien chez un sous-traitant de l'aéronautique, a acheté sa maison à Colomiers il y a six ans, avec Sophie et leurs deux enfants. Un pavillon des années quatre-vingt, un jardin de quatre cents mètres carrés, un cerisier et une vieille clôture en grillage vert. Le quartier est calme, les voitures rentrent vers dix-huit heures, et le samedi on entend surtout les tondeuses. Pour une famille qui sortait d'un appartement du centre de Toulouse, c'était le paradis promis par l'agence.

Le seul souci, c'était la vue. Le terrain voisin est légèrement surélevé, et Bernard, 71 ans, ancien gendarme à la retraite, passe beaucoup de temps sur sa terrasse. De là-haut, il voit tout : le barbecue, la piscine gonflable des enfants, Sophie qui lit en maillot de bain. Il n'est pas désagréable, il salue toujours, il parle volontiers de ses tomates. Mais Julien avait l'impression de vivre dans une vitrine, et ça finissait par lui peser chaque week-end.

Il s'en ouvre un soir à Sophie, en rentrant les coussins du salon de jardin. Il dit qu'il aimerait juste pouvoir boire une bière torse nu sans qu'on lui demande comment marche sa piscine. Elle rit, puis elle admet qu'elle aussi ferme parfois les volets du séjour en plein été. Ils n'ont aucun conflit avec Bernard, au contraire. Ils veulent simplement un peu d'intimité, ce mot que l'on prononce en s'excusant, comme si c'était un caprice de citadins.

Le choix des bambous, rapide, joli et pas cher

Au printemps suivant, Julien fait le tour des jardineries de la périphérie toulousaine. Une palissade en bois lui paraît trop chère et trop triste, un mur demanderait un permis et un maçon. Un vendeur lui conseille des bambous, des Phyllostachys, vendus en grands pots de trente litres. Ça pousse vite, c'est persistant, ça fait un écran en deux saisons, lui explique-t-il. Julien en achète quatorze, loue une petite tarière, et passe un long week-end d'avril à creuser sous un ciel gris.

Il les plante en ligne, à environ soixante centimètres du grillage, pour pouvoir passer derrière avec le taille-haie. Il a vaguement entendu parler d'une règle sur les distances, un demi-mètre de la clôture, croit-il se souvenir. Soixante centimètres, c'est donc plus que nécessaire, pense-t-il en tendant son cordeau. Le vendeur ne lui a rien dit de plus. Personne ne lui parle de la hauteur, ni de ce que deviennent les racines d'un bambou quand on le laisse faire.

Bernard passe la tête au-dessus du grillage pendant le chantier. Il regarde les pots, demande ce que c'est, hoche la tête. Julien lui explique qu'il veut un peu d'ombre et de verdure, sans évoquer la terrasse. Bernard répond que c'est joli, que sa femme aimait les jardins japonais. Ce jour-là, tout le monde est content. Julien se souvient d'avoir pensé qu'il avait réglé le problème avec élégance, sans dispute et sans dépenser une fortune en planches de pin traité.

« Je voulais juste boire une bière torse nu sans qu'on me demande comment marche ma piscine. »

Une pousse verte au milieu des tomates du voisin

La première année, les bambous prennent leur temps, puis ils explosent. Au deuxième printemps, les tiges dépassent la gouttière du garage, autour de quatre mètres, peut-être plus. La haie est dense, elle bruisse au moindre vent d'autan, et la terrasse de Bernard a disparu derrière un rideau vert. Julien est ravi. Il prend des photos qu'il envoie à son frère, avec un commentaire fier sur son coin de forêt. Sophie installe enfin un hamac entre le cerisier et un poteau.

C'est en juin que Bernard l'interpelle pour la première fois, sans colère. Il lui montre, de l'autre côté du grillage, une pousse pointue sortie au milieu de ses rangs de tomates. Il y en a une autre près de son abri de jardin, à presque deux mètres de la clôture. Bernard dit en souriant que ses tomates n'ont jamais eu de voisins aussi pressés. Julien s'excuse, propose de passer les couper, et pense qu'il s'agit d'un accident isolé.

Il ne s'inquiète pas vraiment. Il lit sur un forum qu'il suffit de casser les jeunes pousses au printemps pour les calmer. Il le fait une fois, au mois de juillet, puis il oublie, parce qu'il y a les vacances et le travail. Il remarque bien que Bernard ne vient plus discuter de ses tomates. Il remarque aussi que les feuilles tombées s'accumulent dans la gouttière voisine. Mais il met ce silence sur le compte de la chaleur et de l'âge.

Une lettre recommandée, des appels et un samedi gâché

Puis vient ce samedi de mai et l'enveloppe recommandée. Bernard écrit poliment, à la main, d'une écriture de gendarme appliqué. Il rappelle que les bambous font plus de deux mètres de haut et qu'ils sont plantés trop près de la limite. Il cite des articles du Code civil, il parle des racines qui envahissent son potager. Il demande l'arrachage complet de la haie avant le premier septembre, faute de quoi il saisira la justice. Julien relit la lettre trois fois, debout dans l'allée.

Son premier réflexe est d'aller sonner chez Bernard, la lettre à la main. La discussion tourne court. Julien dit qu'il a respecté le demi-mètre, Bernard répond que ce demi-mètre ne vaut que pour les plantes basses. Il a fait le tour, Julien, je ne veux plus voir le soleil se coucher derrière un mur vert, dit le retraité, la voix tremblante. Julien repart vexé, persuadé que son voisin exagère et qu'il cherche juste un prétexte pour se plaindre.

Le lundi, il appelle la jardinerie, qui botte en touche. Il appelle son assurance habitation, qui lui propose de consulter le service de protection juridique. Il écume les forums, où chacun a son avis, souvent contradictoire. Certains parlent de prescription, d'autres de droit de propriété sacré, d'autres encore lui conseillent de ne rien faire. Sophie, elle, dort mal. Elle ne supporte pas l'idée d'un procès avec l'homme qui gardait leurs clés pendant les vacances. L'ambiance de la maison change, lentement.

« Je ne veux plus voir le soleil se coucher derrière un mur vert, Julien, c'est tout ce que je demande. »

Ce que dit vraiment la règle des deux mètres

C'est la juriste de la protection juridique qui remet les choses dans l'ordre, au téléphone, un jeudi soir. Elle lui explique que le Code civil ne pose pas une seule distance, mais deux, selon la hauteur. En dessous de deux mètres de haut, une plantation peut se trouver à cinquante centimètres de la limite. Au-delà de deux mètres de haut, elle doit être à deux mètres minimum de la ligne séparative. Il n'y a pas de règle locale différente dans sa commune, a-t-elle vérifié.

Julien comprend d'un coup. Ses bambous de quatre mètres auraient dû se trouver à deux mètres de la clôture, pas à soixante centimètres. La juriste précise que, dans ce cas, le voisin peut exiger soit l'arrachage, soit la réduction de la hauteur à deux mètres, au choix du propriétaire des plantes. J'avais confondu la distance et la hauteur, deux chiffres, et j'ai retenu le mauvais, résume Julien plus tard. Il a l'impression d'avoir lu un panneau de vitesse à l'envers pendant deux ans.

Reste la question des racines, celle qui fâchait vraiment Bernard. Là, la juriste est encore plus nette. Les racines et les rejets qui passent chez le voisin, celui-ci peut les couper lui-même, à la limite de son terrain, sans demander l'autorisation. Pour les branches qui dépassent, il peut exiger qu'on les coupe. Bernard avait donc le droit de passer la bêche dans ses tomates depuis le début. Il ne l'avait pas fait, comprend Julien, parce qu'il espérait encore une discussion entre voisins.

Une haie rabattue, une barrière enterrée et un apéritif

Julien retourne sonner chez Bernard, cette fois sans lettre à la main. Il propose de ramener toute la haie à deux mètres de haut et de poser une barrière anti-rhizomes le long du grillage. Bernard accepte, à condition que la hauteur soit tenue chaque année. Les deux hommes passent finalement par un conciliateur de justice, gratuit, pour signer un accord écrit. Soyons honnêtes, c'est surtout le papier qui a rassuré tout le monde, après des semaines de méfiance mutuelle.

La facture n'est pas légère. Un paysagiste facture la tranchée et la barrière en polyéthylène de soixante-dix centimètres de profondeur, environ mille quatre cents euros pour quatorze mètres. Il faut aussi arracher les rhizomes déjà passés chez Bernard, deux journées de travail à la pioche. Et la taille annuelle à deux mètres prend un dimanche entier. On se cache moins bien à deux mètres, mais on se regarde de nouveau, dit Sophie, qui a gardé son hamac et salue Bernard par-dessus les feuilles.

Avant de planter quoi que ce soit en bordure, Julien conseille désormais à ses collègues de vérifier quelques points simples. La hauteur finale de la plante compte autant que la distance au moment de la plantation. Les espèces traçantes, comme beaucoup de bambous, demandent une protection sous terre dès le premier jour. Un échange avec le voisin, avant de creuser, évite souvent une lettre recommandée. À l'automne, Bernard a tendu un panier de tomates par-dessus la haie rabattue. Il n'y avait plus aucune pousse dedans.

« J'avais confondu la distance et la hauteur, deux chiffres, et j'ai retenu le mauvais pendant deux ans. »

  • Au-delà de 2 mètres de haut, une plantation doit être à 2 mètres minimum de la limite séparative.
  • En dessous de 2 mètres de haut, la distance minimale est de 50 centimètres de la limite.
  • Le voisin peut exiger l'arrachage ou la réduction à 2 mètres d'une plantation trop proche.
  • Les racines et rejets qui passent chez lui, le voisin peut les couper lui-même à la limite.
  • Pour les bambous traçants, une barrière anti-rhizomes enterrée se pose idéalement dès la plantation.
  • Vérifier en mairie l'existence d'un règlement local avant de planter en bordure de terrain.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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