Il coupe son chauffe-eau chaque soir au disjoncteur près de Tours : en décembre, sa facture d’électricité grimpe de vingt-trois euros

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Il est vingt-deux heures passées, la maison de Saint-Avertin s'est tue, et Gérard descend au garage en chaussons. Le néon grésille au-dessus de l'établi. Il ouvre la petite porte grise du tableau électrique, pose l'index sur le disjoncteur marqué au feutre « ballon », et l'abaisse d'un coup sec. Le clac résonne contre le béton. Satisfait, il remonte se coucher.

Une maison tranquille au bord du Cher, et des habitudes bien rodées

Gérard a soixante-quatre ans et trente-deux ans de carrière comme technicien à la SNCF derrière lui. Avec Martine, sa femme, il habite depuis 1998 un pavillon des années soixante-dix à Saint-Avertin, juste au sud de Tours. Le jardin descend presque jusqu'au Cher, et le garage sert d'atelier autant que d'abri pour la vieille Clio. C'est là, au fond, près de l'établi, que se trouve le tableau électrique, avec ses rangées de petits interrupteurs blancs.

Le couple n'a jamais été dépensier. Martine tient les comptes dans un cahier à spirale, colonne par colonne, depuis leur mariage. Chaque facture d'électricité est rangée dans une pochette plastique, par année, sur l'étagère du bureau. Gérard, lui, aime comprendre comment marchent les choses. Il a refait l'isolation des combles lui-même, changé les joints des fenêtres, posé des ampoules basse consommation partout. Dans la maison, on éteint en sortant d'une pièce, c'est presque un réflexe.

Le chauffe-eau, un ballon électrique de deux cents litres, trône dans le cellier depuis une dizaine d'années. Il fonctionne sans histoire, il fournit de l'eau chaude pour les douches, la vaisselle, les petits-enfants qui viennent le mercredi. Le contrat d'électricité, lui, n'a pas bougé depuis longtemps : un abonnement heures pleines, heures creuses, souscrit à l'époque où l'on avait installé le ballon. Gérard ne se souvenait plus vraiment pourquoi. Il savait seulement que la nuit, l'électricité coûtait moins cher.

L'automne des factures qui montent pousse Gérard à agir

À la rentrée de septembre, Martine a posé son cahier sur la table de la cuisine, le doigt sur une ligne soulignée en rouge. Les prix de l'électricité avaient encore augmenté, et la pension de Gérard, elle, ne suivait pas. Il fallait trouver quelque chose. Ils ont fait le tour de la maison, pièce par pièce, en se demandant ce qui consommait le plus. Le chauffage électrique, on ne pouvait pas trop y toucher en hiver. Restait le gros ballon du cellier.

Un soir, au club de pétanque, un ami lui a parlé de son astuce. Il coupait son chauffe-eau quand il n'en avait pas besoin, comme on éteint une lumière. Pourquoi garder deux cents litres d'eau au chaud toute la nuit, alors que tout le monde dort, disait-il. Gérard a trouvé l'argument imparable. Un appareil qui ne tourne pas ne consomme pas, c'est du bon sens. Il est rentré en se disant qu'il aurait dû y penser plus tôt.

Dès le lendemain, il a pris l'habitude. Chaque soir, après les informations, il descend au garage et abaisse le disjoncteur du ballon. Chaque matin, en se levant vers sept heures, il le remonte avant de préparer le café. Je me suis dit que la nuit, personne ne prend de douche, alors autant ne pas chauffer pour rien, explique-t-il. Martine a trouvé l'idée sensée. Elle a même noté la date dans son cahier, pour mesurer l'économie sur les prochaines factures.

« Je me disais qu'un appareil éteint, ça ne consomme rien, c'était tout bête dans ma tête. »

Une eau tiède le dimanche, et personne n'y prête attention

Les premières semaines, rien de particulier. Les douches restaient chaudes, la vaisselle se faisait normalement. Gérard remontait le disjoncteur chaque matin avec une petite fierté, celle de l'homme qui reprend la main sur ses dépenses. Puis, un dimanche d'octobre, leur fille Sophie est venue déjeuner avec ses deux garçons. Après le repas, les enfants ont voulu prendre un bain. L'eau est sortie tiède, à peine plus chaude que la température de la pièce.

Martine a haussé les épaules. Le ballon avait sans doute du mal à suivre avec autant de monde, ça arrive quand on est nombreux. Gérard a pensé au calcaire, à une résistance un peu fatiguée, l'eau de Touraine étant réputée dure. Il s'est promis de regarder ça un jour, sans urgence. Les garçons ont pris une douche rapide en grimaçant, et l'incident est passé aux oubliettes. Soyons honnêtes, on connaît tous ces petits caprices qu'on range dans un coin de la tête.

Un autre détail aurait pu les alerter. Le matin, en remontant le disjoncteur, Gérard entendait parfois le ballon se mettre à ronronner dans le cellier, ce léger bourdonnement de la résistance qui chauffe. Avant, il ne l'entendait jamais à cette heure-là. Il en a conclu que le système fonctionnait bien, que l'appareil rattrapait simplement son retard. Il n'a pas fait le lien avec l'heure qu'il était, ni avec la petite ligne de son contrat qui parlait d'heures creuses.

La facture de décembre arrive, et le cahier de Martine ne ment pas

Le courrier est arrivé un mardi matin, glissé entre un prospectus et une carte de vœux. Martine a ouvert l'enveloppe à la table de la cuisine, ses lunettes sur le nez, le cahier à côté. Elle a comparé avec la même période de l'année précédente. Puis elle a recompté, une deuxième fois, en suivant les chiffres du doigt. La facture n'avait pas baissé. Elle avait même augmenté d'une vingtaine d'euros, une fois la hausse des tarifs mise de côté.

Gérard a d'abord cru à une erreur du fournisseur. Il a pris le téléphone, patienté un long moment en musique, puis expliqué la situation à une conseillère. Elle a vérifié le compteur, les relevés, tout semblait normal. Je lui ai dit que je coupais mon ballon tous les soirs, et elle n'a rien relevé de spécial, raconte-t-il. Elle lui a seulement conseillé de regarder la répartition entre heures pleines et heures creuses sur le détail de la facture.

Le soir même, il a étalé les papiers sur la table de la salle à manger. Sur les anciennes factures, la plus grande partie de la consommation tombait en heures creuses. Sur la dernière, la proportion s'était inversée. Les heures pleines avaient gonflé, nettement, mois après mois depuis septembre. Gérard est resté longtemps penché sur les colonnes, sans comprendre. Il avait coupé un appareil, et il payait plus cher. Ça n'avait aucun sens, il le répétait à Martine en tapotant la feuille.

« Le matin j'entendais le ballon ronronner et je trouvais ça rassurant, en fait c'était le compteur qui tournait au prix fort. »

Un petit boîtier gris oublié faisait déjà tout le travail

C'est leur voisin, Karim, électricien à la retraite, qui a résolu l'énigme un samedi matin. Il est descendu au garage avec Gérard, a ouvert le tableau et pointé du doigt un module un peu plus large que les autres, avec un petit levier à trois positions. C'est le contacteur heures creuses, a-t-il dit. Sur ce boîtier, on pouvait lire trois repères : marche forcée, arrêt, et automatique. Le levier était sur automatique, comme depuis dix ans.

Karim a expliqué calmement. Avec un contrat heures pleines, heures creuses, le fournisseur envoie un signal au compteur quand commencent les heures creuses. Le contacteur reçoit ce signal et met le ballon en marche à ce moment-là, au tarif réduit, souvent en pleine nuit. Le reste de la journée, il le laisse au repos. Autrement dit, le ballon de Gérard chauffait déjà la nuit, au meilleur prix. Il ne consommait pratiquement rien pendant les heures chères.

En coupant le disjoncteur chaque soir, Gérard empêchait précisément cette chauffe de nuit. Le matin, quand il remontait l'interrupteur, le ballon froid réclamait du courant, et les heures pleines étaient déjà là. Le contacteur, réglé sur automatique, ne pouvait pas tout rattraper aux bonnes heures. Voilà d'où venait le ronronnement matinal, et l'eau tiède du dimanche. Tu payais ton eau chaude au prix fort pour économiser, lui a lancé Karim en riant. Gérard, lui, n'a pas ri tout de suite.

Ce que le couple a changé, et ce qu'il conseille de regarder

Depuis ce samedi, Gérard ne descend plus au garage le soir. Le disjoncteur du ballon reste levé, le contacteur sur automatique, et la maison retrouve son silence. Les douches sont de nouveau chaudes le dimanche, petits-enfants compris. Sur la facture suivante, la consommation est repartie vers les heures creuses. Martine a calculé que l'habitude leur avait coûté environ soixante-dix euros sur l'automne, sans compter les bains tièdes. Elle a barré la ligne d'économie dans son cahier, avec un sourire un peu crispé.

Gérard en tire une leçon simple, qu'il répète au club de pétanque. Une économie qui marche chez le voisin ne marche pas forcément chez soi, tout dépend du contrat et de l'installation. Son ami, par exemple, est au tarif de base, avec un prix unique toute la journée. Couper son ballon n'a pas du tout le même effet dans son cas. Gérard, lui, avait un système déjà optimisé, et il l'avait saboté chaque soir avec la meilleure volonté du monde.

Il conseille désormais à ses proches de prendre dix minutes devant leur tableau électrique. Regarder le contrat, chercher le contacteur, vérifier sa position, comparer les heures pleines et creuses sur les factures. Ce n'est pas compliqué, il suffit d'ouvrir la porte du tableau et de lire ce qui est écrit. En cas de doute, un électricien ou le service client du fournisseur peut confirmer le réglage. Il a gardé la facture de décembre, épinglée au-dessus de l'établi, comme un pense-bête.

« Martine a recompté trois fois, elle ne voulait pas croire que la facture avait grimpé. »

  • Vérifiez sur votre facture si votre contrat est en heures pleines et heures creuses ou au tarif de base.
  • Repérez le contacteur heures creuses sur le tableau électrique, souvent marqué marche forcée, arrêt, automatique.
  • Laissez-le sur la position automatique pour que le ballon chauffe la nuit au tarif réduit.
  • Évitez de couper le disjoncteur du chauffe-eau le soir si vous êtes en heures creuses.
  • Comparez la part heures pleines et heures creuses sur plusieurs factures pour repérer une dérive.
  • En cas de doute sur le réglage, demandez à un électricien ou à votre fournisseur.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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