Elle pose une soucoupe de lait devant un hérisson près de Rennes : le lendemain matin, il est toujours là, roulé contre le mur

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Il était un peu plus de quinze heures, un mardi de novembre, et la lumière baissait déjà sur le jardin de Monique, à Cesson-Sévigné. Le râteau à la main, elle ramassait les feuilles du noyer quand un froissement l'a fait se retourner. Sur la pelouse détrempée, une petite boule brune avançait à découvert, lentement, sans se cacher.

Un jardin de lotissement où l'on connaît chaque visiteur

Monique a soixante-sept ans et elle vit dans cette maison depuis presque trente ans, avec son mari Gérard, ancien conducteur de bus à Rennes. Le jardin n'est pas grand, mais il compte un vieux noyer, une haie de charmilles et un tas de bois contre le mur du garage. Elle y passe ses après-midi dès que la pluie bretonne lui laisse une heure de répit. Elle connaît les merles, les mésanges, le chat roux des voisins qui passe sous le grillage chaque soir.

Les hérissons, elle les connaît aussi, du moins elle le croit. Certains soirs d'été, elle en entend un renifler sous les hortensias, avec ce petit bruit de soufflet qui fait sourire Gérard. Elle n'en voit presque jamais, parce qu'ils sortent à la nuit tombée, quand elle a déjà fermé les volets. Elle sait simplement qu'ils sont là, qu'ils mangent les limaces, et qu'ils font partie du décor tranquille de sa vie.

Ce mardi-là, elle a donc été surprise de voir l'animal en pleine lumière, à découvert, au milieu de la pelouse. Il marchait d'un pas hésitant, s'arrêtait, repartait, le museau baissé vers l'herbe mouillée. Elle a posé son râteau contre le noyer, sans bruit, pour ne pas l'effrayer. Il ne s'est pas roulé en boule, il ne s'est pas enfui non plus. Elle a trouvé ça mignon, presque une chance, comme une visite inattendue qu'on n'ose pas déranger.

La soucoupe de lait posée avec les meilleures intentions

Elle est rentrée dans la cuisine, où Gérard lisait le journal près du radiateur. Elle lui a dit qu'il y avait un hérisson dehors, en plein jour, et qu'il avait l'air d'avoir faim. Il a levé les yeux, un peu amusé, et lui a suggéré de lui donner quelque chose. Monique a ouvert le réfrigérateur, sorti la bouteille de lait demi-écrémé, et rempli une petite soucoupe à fleurs, celle qui servait autrefois au chat de la maison.

Pour elle, c'était une évidence héritée de l'enfance. Sa grand-mère, dans une ferme près de Vitré, laissait toujours un bol de lait sur le seuil pour les hérissons. On connaît tous cette image, elle traîne dans les livres d'images et les dessins animés. Monique a même pensé à le tiédir quelques secondes au micro-ondes, parce que l'air était froid et qu'un lait glacé lui semblait cruel. Elle avait le sentiment de bien faire, et rien ne lui disait le contraire.

Elle est ressortie et a posé la soucoupe à un mètre de l'animal, près du mur du garage. Le hérisson s'est approché, a reniflé, puis a bu, longuement, avec de petits bruits mouillés. Monique est restée accroupie, les genoux douloureux, à le regarder faire. Je me suis dit qu'au moins il passerait une bonne nuit, a-t-elle raconté plus tard à sa fille. Quand elle est rentrée, il s'était glissé contre le mur, à l'abri du tas de bois.

« Je me suis dit qu'au moins il passerait une bonne nuit, avec son lait tiède, comme chez ma grand-mère. »

Le lendemain matin, la même boule immobile contre le mur

Le mercredi, Monique s'est levée vers huit heures, a fait couler le café et ouvert les volets de la cuisine. Par la fenêtre, elle a aperçu une forme brune au pied du mur, exactement à l'endroit de la veille. Elle a d'abord cru à une feuille morte ou à une motte de terre. En enfilant ses bottes, elle a compris que c'était le hérisson, roulé sur lui-même, immobile dans le froid humide du matin.

Elle s'est dit qu'il dormait, tout simplement, et que les hérissons dorment beaucoup en hiver. Elle a même pensé qu'il avait choisi son jardin pour hiberner, et elle en a ressenti une petite fierté. Pourtant, quelque chose la gênait sans qu'elle sache le nommer. Il n'était pas caché sous le tas de bois ni dans les feuilles, il était à découvert, posé sur la terre nue comme s'il n'avait pas eu la force d'aller plus loin.

En s'approchant, elle a remarqué des traces verdâtres et molles près de la soucoupe vide. Elle les a regardées sans y prêter vraiment attention, en se disant que les animaux font ce qu'ils ont à faire. Gérard, qui était sorti à son tour, a trouvé que l'animal paraissait bien petit. Il a ajouté qu'il ne bougeait pas beaucoup pour un hérisson qui dort. Monique a haussé les épaules, mais elle est restée longtemps devant la petite boule.

Des recherches, un voisin perplexe et un vétérinaire débordé

Vers midi, le hérisson n'avait pas bougé d'un centimètre, et Monique a commencé à s'inquiéter sérieusement. Elle a remis du lait frais dans la soucoupe, mais il n'y a pas touché cette fois. Elle a appelé son voisin Patrick, un ancien instituteur qui s'occupe d'un rucher, en espérant qu'il saurait quoi faire. Il est venu jeter un œil par-dessus la haie, a froncé les sourcils et avoué qu'il n'y connaissait pas grand-chose en hérissons.

Elle a ensuite téléphoné au cabinet vétérinaire du quartier, celui qui soignait leur vieux chat. La secrétaire, aimable mais pressée, lui a expliqué qu'ils ne prenaient pas en charge les animaux sauvages. Elle lui a conseillé de chercher un centre de soins de la faune sauvage, sans pouvoir lui donner de numéro précis. Monique a raccroché un peu désemparée, avec l'impression d'avoir dérangé tout le monde pour une bête que personne ne voulait vraiment voir.

C'est sa fille Claire, jointe par téléphone à Nantes, qui a pris les choses en main. Elle a cherché sur son ordinateur pendant que sa mère lui décrivait la scène, la soucoupe, les traces verdâtres, l'heure de la première apparition. À un moment, Claire s'est tue, puis elle a demandé si c'était bien du lait de vache. Maman, il ne faut surtout pas lui en redonner, a-t-elle dit d'une voix plus grave que d'habitude.

« Il ne bougeait pas d'un centimètre, et moi je croyais bêtement qu'il avait choisi mon jardin pour dormir tout l'hiver. »

Sur la balance de cuisine, quatre cent trente grammes seulement

Claire lui a lu ce qu'elle trouvait, phrase par phrase, pendant que Monique notait sur un coin d'enveloppe. Un hérisson qui se promène en plein jour à la fin de l'automne n'est pas en balade : c'est souvent un animal affaibli, malade, ou trop léger pour passer l'hiver. Normalement, à cette saison, il devrait chercher un nid et accumuler des réserves la nuit. Le voir errer à quinze heures, c'est déjà un signal qu'il ne va pas bien.

Le lait, ensuite, n'était pas le cadeau que Monique imaginait. Le hérisson ne digère pas le lactose, et le lait de vache lui donne des diarrhées qui l'épuisent et le déshydratent. Les traces verdâtres près de la soucoupe prenaient soudain un autre sens. Soyons honnêtes, Monique a eu un pincement au cœur en comprenant que sa soucoupe à fleurs avait peut-être aggravé l'état de la petite bête. Elle s'est assise sur une marche, l'enveloppe à la main, sans rien dire.

Claire lui a demandé de peser l'animal, parce que c'était le seul moyen de savoir. Avec des gants de jardinage épais, Monique l'a soulevé doucement et posé dans un saladier sur la balance de cuisine. L'aiguille s'est arrêtée à quatre cent trente grammes. Claire a expliqué que sous cinq cents à six cents grammes, un hérisson n'a pas assez de réserves pour hiberner. Il lui fallait de l'aide, et vite, d'un vrai centre de soins.

Un carton, des croquettes et ce qu'il faut regarder chez soi

Claire a trouvé les coordonnées d'un centre de soins de la faune sauvage en Ille-et-Vilaine, et Monique a appelé aussitôt. Une bénévole lui a répondu calmement, posé quelques questions sur le poids, l'attitude, la présence de blessures ou de mouches. Elle lui a demandé de placer le hérisson dans un carton avec un vieux torchon, dans une pièce tempérée, au calme. Surtout plus de lait, seulement une coupelle d'eau et quelques croquettes pour chat, en attendant qu'on vienne le chercher.

Gérard a découpé un carton de déménagement et percé quelques trous sur le dessus. Ils l'ont installé dans le cellier, loin du radiateur et de la télévision. Le soir, Monique a entendu un léger grattement, puis le craquement d'une croquette. Je n'ai jamais été aussi contente d'entendre un bruit de mastication, a-t-elle confié à Patrick le lendemain. Une bénévole est passée le récupérer le jeudi matin, et a promis de donner des nouvelles.

Trois semaines plus tard, on lui a annoncé que le hérisson avait repris du poids et qu'il passerait l'hiver au centre avant d'être relâché au printemps. Depuis, Monique a laissé un coin de feuilles mortes sous la haie et ouvert un passage dans le grillage. Elle a rangé la soucoupe à fleurs au fond du placard. Elle raconte l'histoire à qui veut l'entendre, avec une précision presque maniaque, pour que d'autres ne refassent pas son geste.

« Maman, il ne faut surtout pas lui en redonner, le lait de vache, il ne le digère pas du tout. »

  • Un hérisson visible en plein jour en fin d'automne est souvent affaibli ou trop léger pour hiverner.
  • Ne jamais lui donner de lait de vache : il ne digère pas le lactose et cela le rend malade.
  • Le peser avec des gants : sous 500 à 600 grammes, il n'a pas assez de réserves.
  • Appeler un centre de soins de la faune sauvage de votre département avant toute autre initiative.
  • En attendant, un carton, un torchon, une pièce calme, de l'eau et des croquettes pour chat.
  • Laisser au jardin un tas de feuilles, du bois mort et un passage dans le grillage.

Suivi de l'histoire

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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