Elle se couche à 21 heures chaque dimanche soir à Rouen : trois mois plus tard, elle fixe toujours le plafond jusqu’à minuit passé

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Le dimanche soir, à 21 heures précises, Claire éteint la lampe de chevet de son appartement de la rive gauche, à Rouen. Dehors, un bus de la ligne F7 freine en soupirant au carrefour. Elle tire la couette jusqu'au menton, ferme les yeux, compte ses respirations. À 23 h 40, elle les rouvre. Le plafond est toujours là, pâle, strié par la lumière orange du lampadaire.

Une infirmière rouennaise qui aime que tout soit à sa place

Claire a trente-huit ans et travaille comme infirmière dans un cabinet de soins à domicile, près de la place Saint-Sever. Ses tournées commencent à 7 heures, le lundi comme les autres jours, et elle tient à arriver reposée. Chez elle, tout est rangé avec soin : les clés dans la coupelle en céramique, les blouses pliées sur la chaise, le planning aimanté sur le frigo. Elle vit seule depuis quatre ans, avec un chat roux nommé Biscotte qui dort sur le radiateur. Elle aime ses habitudes, elle les défend même, avec une forme de fierté tranquille.

Pendant longtemps, son sommeil n'a posé aucune question. Elle s'endormait vite, se levait sans peine, buvait son thé debout près de la fenêtre en regardant la Seine grise. Ses collègues se plaignaient de leurs nuits, elle écoutait avec un peu de compassion, sans vraiment comprendre. Pour elle, dormir relevait de l'évidence, comme respirer ou marcher. Il suffisait de se coucher quand on était fatigué. Elle n'avait jamais ouvert un livre sur le sujet, jamais téléchargé une application pour mesurer ses cycles, jamais acheté de tisane spéciale.

Ses week-ends, en revanche, avaient leur rythme à eux. Le vendredi soir, elle retrouvait son amie Nadia dans un bar du Vieux-Marché, rentrait vers une heure du matin, à pied, par les rues pavées. Le samedi, elle dormait jusqu'à dix heures, parfois onze, sans réveil, avec Biscotte qui finissait par lui marcher sur le ventre. Le dimanche matin ressemblait au samedi. Elle appelait ça ses matinées de récupération. Elle les attendait toute la semaine, comme une récompense méritée après cinq jours de tournées, d'escaliers et de pansements.

La bonne résolution prise un soir de janvier, après une semaine épuisante

Tout a commencé par un lundi raté, au début de l'hiver. Claire s'était couchée vers minuit la veille, avait mal dormi, et s'était retrouvée le matin à chercher ses clés dans la coupelle où elles se trouvaient pourtant. Dans la voiture, elle avait oublié l'ordonnance d'un patient et dû faire demi-tour. À midi, elle bâillait au volant, à un feu rouge du boulevard de l'Europe. Le soir, elle s'était dit qu'il fallait réagir, qu'elle n'avait plus vingt ans et que son métier ne supportait pas l'à-peu-près.

La solution lui avait semblé évidente, presque mathématique. Si le lundi était dur, c'est qu'elle manquait de sommeil le dimanche. Donc il fallait se coucher plus tôt le dimanche. Elle avait fixé une heure, 21 heures, et décidé de s'y tenir comme à un rendez-vous médical. Plus d'écran après le dîner, une douche tiède, les volets fermés, un livre posé sur la table de nuit. Elle avait même prévenu Nadia de ne plus l'appeler le dimanche soir. Tout le monde lui avait dit que c'était une excellente idée, raisonnable et saine.

Je me suis dit que c'était une question de discipline, rien de plus, a-t-elle raconté plus tard à sa sœur. Et soyons honnêtes, l'idée avait tout pour plaire. Elle ressemblait aux conseils qu'on lit partout, à ceux que Claire donnait parfois elle-même à ses patients âgés. Se coucher tôt, c'est bien. Se reposer avant l'effort, c'est logique. Elle n'avait pas une seconde pensé à toucher à ses grasses matinées. Pourquoi l'aurait-elle fait, d'ailleurs, puisqu'elles lui faisaient tant de bien et qu'elles étaient, croyait-elle, la partie réussie de sa semaine ?

« Je me suis dit que c'était une question de discipline, rien de plus, il suffisait de se coucher plus tôt. »

Le premier dimanche, le sommeil ne vient pas et elle l'ignore

Le premier dimanche, Claire s'est couchée à 21 heures, fière d'elle. Elle a lu trois pages, éteint la lumière, s'est tournée vers le mur. Rien. Pas d'agitation particulière, pas d'angoisse, simplement un corps parfaitement éveillé, comme en plein après-midi. Elle entendait le frigo ronronner dans la cuisine, les pas du voisin du dessus, un scooter dans la rue. Vers minuit et quart, elle a fini par s'endormir. Le lendemain, elle a mis ça sur le compte de la nouveauté. Un premier essai, se disait-elle, ne compte jamais vraiment.

Le dimanche suivant, la même scène s'est répétée, presque à l'identique. Puis le troisième. Elle se couchait de plus en plus tendue, consciente que chaque minute éveillée lui coûtait. Elle regardait l'heure sur son téléphone, retournait l'oreiller côté frais, comptait des moutons qu'elle trouvait ridicules. Le paradoxe la frappait sans qu'elle le formule : elle passait davantage de temps au lit qu'avant, et elle dormait moins bien. Les lundis n'étaient pas meilleurs. Ils étaient même pires, puisqu'elle ajoutait à la fatigue l'agacement d'avoir échoué.

Il y avait pourtant un détail qui ne collait pas, et qu'elle a longtemps laissé de côté. Les autres soirs de la semaine, sans effort particulier, elle s'endormait très bien vers 22 h 30. Le mardi, le mercredi, le jeudi, aucun souci. Seul le dimanche résistait, comme un bastion. Elle l'a remarqué en passant, en se brossant les dents un jeudi soir, puis elle a oublié. On connaît tous ça : on voit l'indice, on hausse les épaules, et on continue exactement comme avant, parce que l'explication paraît déjà trouvée.

Tisanes, applications et magnésium : tout ce qu'elle a essayé sans succès

En février, Claire a commencé à chercher des solutions, méthodiquement, comme on soigne une plaie. Elle a acheté une tisane à la verveine et au tilleul dans une herboristerie de la rue du Gros-Horloge. Elle a installé une application de méditation dont la voix douce lui parlait de vagues et de forêts. Une collègue lui a conseillé le magnésium, une autre la lavande sur l'oreiller. Elle a tout essayé, parfois en même temps. Son placard de salle de bains s'est rempli de petits flacons, et ses dimanches soir sont restés obstinément blancs.

Elle a fini par croire que le problème venait de sa tête. Peut-être redoutait-elle le lundi plus qu'elle ne voulait l'admettre, peut-être que ses tournées la pesaient davantage. Elle en a parlé à Nadia, un vendredi, au bar habituel. Son amie l'a regardée avec un sourire en coin, puis lui a demandé à quelle heure elle s'était levée le matin même. Claire a répondu dix heures et demie, sans réfléchir. Nadia n'a rien ajouté sur le moment. Elle a seulement haussé un sourcil en reposant son verre sur le comptoir.

À force, l'angoisse a fini par arriver vraiment, celle qu'elle avait d'abord cru imaginer. Dès le dimanche après-midi, une petite boule se formait dans son ventre à l'idée du soir. Je commençais à redouter mon lit, tu te rends compte, mon propre lit, a-t-elle confié à sa sœur Sophie au téléphone. Sophie, qui vit à Caen, lui a conseillé de voir son médecin traitant. Claire a pris rendez-vous, un peu honteuse de déranger quelqu'un pour une histoire de coucher, elle qui passait ses journées auprès de vrais malades.

« Je commençais à redouter mon lit, tu te rends compte, mon propre lit, celui où je dormais si bien avant. »

Chez le médecin, une question sur ses samedis matin change tout

Le docteur Lemaire reçoit dans un cabinet clair, au deuxième étage d'un immeuble près du jardin des Plantes. Il a écouté Claire sans l'interrompre, en griffonnant quelques notes. Puis, au lieu de parler du dimanche soir, il lui a demandé à quelle heure elle se levait le samedi et le dimanche. Elle a répondu, un peu surprise. Il a hoché la tête, fait un petit calcul sur son bloc. Entre le lundi et le samedi, son heure de lever variait de près de quatre heures, chaque semaine, depuis des années.

Il lui a expliqué ce qu'il voyait dans sa situation à elle. Notre corps suit une horloge interne, réglée en grande partie par l'heure à laquelle on se lève et on voit la lumière du matin. En se levant à onze heures deux jours de suite, Claire décalait cette horloge, comme si elle partait en voyage vers l'ouest chaque week-end. Le dimanche soir, à 21 heures, son corps se croyait en fin d'après-midi. Il n'avait aucune raison d'avoir sommeil. Les spécialistes, a-t-il ajouté, appellent cela le décalage horaire social.

Claire est restée silencieuse un moment, les mains sur son sac. Ce n'était ni le stress du lundi, ni la tisane mal choisie, ni un trouble mystérieux. C'étaient ses grasses matinées, celles qu'elle chérissait comme une récompense. En se couchant plus tôt, elle aggravait même l'écart, puisqu'elle demandait à son corps de dormir encore plus en avance sur son horloge déréglée. En somme, je me décalais toute seule, et ensuite je me forçais à rattraper, a-t-elle résumé en riant à moitié. Le médecin a souri et lui a proposé d'essayer autre chose.

Un réveil à la même heure tous les jours, et des dimanches enfin apaisés

Le conseil tenait en une phrase, presque décevante par sa simplicité. Pour elle, mieux valait garder une heure de lever à peu près fixe tous les jours, week-end compris, plutôt que de s'acharner à se coucher tôt. Claire a négocié, évidemment. Elle a obtenu de se lever vers huit heures le samedi et le dimanche, au lieu de six heures et quart en semaine, et d'ouvrir les volets aussitôt. Les premiers samedis ont été rudes. Biscotte, lui, a semblé ravi de recevoir ses croquettes à une heure décente.

Au bout de trois semaines, quelque chose a changé, sans bruit. Le dimanche soir, vers 22 h 30, ses paupières se sont alourdies d'elles-mêmes, devant une série qu'elle regardait à moitié. Elle a éteint, et ne se souvient de rien jusqu'au réveil. Le lundi suivant, elle a retrouvé ses clés du premier coup. Elle a gardé ses soirées du vendredi avec Nadia, simplement en rentrant un peu moins tard, et en s'offrant une sieste courte le samedi après-midi quand la fatigue se faisait sentir. Elle a rangé les flacons de lavande.

Le changement ne lui a rien coûté, sinon quelques heures de grasse matinée qu'elle croyait indispensables. Elle a même économisé sur les tisanes et les compléments. Aujourd'hui, quand une collègue se plaint de ses dimanches soir, Claire ne parle plus de se coucher tôt. Elle demande d'abord à quelle heure elle se lève le samedi. Pour ceux qui reconnaissent leurs propres dimanches dans son histoire, quelques repères simples peuvent aider à observer son rythme, sans transformer sa vie, et sans remplacer l'avis d'un médecin quand les nuits restent difficiles.

« En somme, je me décalais toute seule chaque week-end, et ensuite je me forçais à rattraper le dimanche soir. »

  • Noter pendant deux semaines son heure de lever en semaine et le week-end, puis mesurer l'écart.
  • Viser une heure de lever proche tous les jours, avec au plus une heure de différence le week-end.
  • Ouvrir les volets ou sortir dehors dans la demi-heure qui suit le réveil pour profiter de la lumière.
  • Se coucher quand le sommeil vient, plutôt qu'à une heure imposée, surtout le dimanche soir.
  • Préférer une courte sieste en début d'après-midi à une grasse matinée de plusieurs heures.
  • Consulter son médecin si les difficultés d'endormissement persistent malgré un rythme régulier.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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