À 70 ans, elle pose une soucoupe de lait pour un hérisson égaré : le lendemain matin, il est couché sur le flanc près du massif

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Il était un peu plus de quinze heures, ce mardi de novembre, et la lumière tombait déjà en biais sur la pelouse. Dans sa cuisine près de Limoges, Monique rinçait sa tasse quand elle a vu bouger quelque chose entre les feuilles mortes. Une petite boule brune avançait à découvert, lentement, en plein jour, sans se presser vers la haie.

Une maison au bout du chemin, un jardin qu'elle connaît par cœur

Monique a soixante-dix ans et habite depuis quarante ans cette maison basse, à la sortie d'un bourg de la Haute-Vienne. Ancienne institutrice, veuve depuis six ans, elle connaît chaque recoin de son terrain, du vieux noyer jusqu'au tas de bois contre le mur du fond. Le matin, elle fait le tour du potager avec son gilet sur les épaules. L'après-midi, elle lit près de la fenêtre, une couverture sur les genoux, en surveillant les mésanges.

Le jardin n'a rien d'un parc, mais elle y tient comme à une vieille amie. Elle laisse un coin de ronces, ne passe jamais de produit, garde les feuilles mortes sous les arbustes. Son petit-fils Hugo lui répète que c'est un paradis pour les bêtes, et elle en est assez fière. Elle a déjà croisé des hérissons, le soir, au début de l'été, quand ils grognaient sous la haie de laurier en cherchant des limaces.

Ce mardi-là, pourtant, le spectacle n'avait rien d'habituel. Le hérisson traversait la pelouse à découvert, en titubant légèrement, à l'heure où le soleil chauffait encore un peu les dalles de la terrasse. Monique a posé sa tasse sur l'égouttoir et s'est approchée de la vitre, attendrie. Elle a pensé qu'il avait faim, qu'il avait froid peut-être, et qu'avec l'hiver qui arrivait il cherchait simplement de quoi tenir jusqu'au printemps.

Une soucoupe de lait, comme le faisait sa grand-mère

La réponse lui est venue d'un coup, sans même réfléchir, parce qu'elle l'avait toujours vue faire. Dans la ferme de sa grand-mère, près de Saint-Yrieix, on posait une soucoupe de lait près de la grange pour les chats et pour les hérissons. Tout le monde le faisait, personne ne s'était jamais posé la question. Elle a sorti la brique entamée du réfrigérateur, l'a laissée tiédir un instant, et a rempli une petite assiette à fleurs.

Elle est sortie en chaussons, doucement, pour ne pas l'effrayer. Le hérisson s'était arrêté près du massif d'hortensias, le museau tourné vers le sol. Il ne s'est même pas mis en boule quand elle s'est penchée, ce qu'elle a pris pour un signe de confiance. Elle a posé l'assiette à quelques centimètres de lui, puis elle a reculé jusqu'à la porte-fenêtre pour l'observer sans le déranger davantage.

Au bout de quelques minutes, il s'est approché et a commencé à laper, avec un petit bruit mouillé. Monique souriait derrière la vitre. Elle a même pris une photo avec son téléphone pour l'envoyer à Hugo, avec un message court. Mon locataire est revenu, j'ai sorti le lait comme mamie, a-t-elle écrit. Ce soir-là, elle a éteint la lumière de la terrasse en pensant avoir fait une bonne action, la plus simple du monde.

« Je croyais bien faire, je l'ai toujours vu faire chez ma grand-mère, alors je n'ai même pas réfléchi une seconde. »

Le détail qu'elle n'a pas voulu voir ce soir-là

Il y avait pourtant une chose qui l'avait arrêtée, sans qu'elle s'y attarde. Quand elle s'était penchée, le hérisson lui avait paru petit, presque trop petit pour un animal de fin d'automne. Son dos semblait creusé derrière la tête, et il marchait en traînant un peu les pattes arrière. Elle s'était dit qu'il était jeune, tout simplement, et qu'il allait prendre des forces avec un bon repas.

Hugo a répondu vers vingt heures, depuis Bordeaux où il fait ses études. Il a envoyé un pouce levé, puis un deuxième message, plus hésitant. Il lui demandait s'il était bien normal de voir un hérisson en plein jour. Monique a haussé les épaules devant son écran. Il fait encore doux, il a dû se tromper d'heure, a-t-elle répondu, avant de poser le téléphone sur la table de nuit et d'éteindre.

On connaît tous ça, ces petites alertes qu'on range dans un coin parce que tout semble aller bien. La soucoupe était vide, le hérisson avait disparu sous les hortensias, la nuit était calme. Rien ne laissait deviner que deux signaux venaient de se croiser sous ses yeux : un animal trop léger qui sortait à la mauvaise heure, et un bol de lait qui allait lui faire plus de mal que de bien.

Le lendemain matin, couché sur le flanc sous l'hortensia

Le mercredi, Monique est sortie vers neuf heures pour remplir la mangeoire des oiseaux. L'herbe était blanche de givre et craquait sous ses bottes. C'est en revenant qu'elle l'a vu, à moitié caché sous les feuilles de l'hortensia. Le hérisson était couché sur le flanc, immobile, les pattes à peine repliées. Autour de lui, la terre était souillée de déjections verdâtres et liquides, et une odeur aigre montait malgré le froid.

Elle a d'abord cru qu'il était mort et elle a senti ses jambes faiblir. Puis elle a vu son flanc se soulever, très lentement. Elle a couru chercher des gants de jardinage et un vieux carton. Elle a appelé sa voisine, Josiane, qui élève des poules et s'y connaît en bêtes. Josiane est venue en blouse, a regardé l'animal, et a secoué la tête sans rien promettre du tout.

Ensemble, elles ont téléphoné au vétérinaire du bourg, qui ne prenait pas la faune sauvage mais leur a donné un numéro. C'était celui d'un centre de soins pour animaux sauvages, à une quarantaine de kilomètres. Monique a composé le numéro trois fois avant d'avoir quelqu'un, une bénévole à la voix calme. Vous lui avez donné quelque chose, a demandé la jeune femme. Monique a répondu, un peu fière encore : un peu de lait.

« Il ne se mettait pas en boule, moi j'ai pris ça pour de la confiance, en fait il n'avait plus de forces. »

Ce que le lait fait vraiment à un hérisson

Il y a eu un silence au bout du fil, puis la bénévole, qui s'appelait Claire, a expliqué doucement. Le hérisson ne digère pas le lactose, a-t-elle dit, et le lait de vache lui provoque des diarrhées sévères. Chez un animal déjà faible, cela peut le déshydrater en quelques heures. Monique s'est assise sur la marche de la terrasse, le téléphone collé à l'oreille, en regardant le carton posé à ses pieds.

Claire lui a ensuite parlé de l'autre signal, celui qu'elle avait écarté la veille. En automne, un hérisson qui se promène en plein jour est rarement en balade, a-t-elle raconté. Le plus souvent, il est malade, blessé, ou trop léger pour passer l'hiver. Ceux nés tard dans la saison n'ont pas eu le temps de faire leurs réserves, et ils cherchent à manger coûte que coûte, même au soleil.

Monique a compris qu'elle avait mal lu toute la scène. Ce qu'elle avait pris pour de la confiance, ce petit animal qui ne se mettait pas en boule, était de l'épuisement. Elle a eu honte, et elle l'a dit. Je croyais bien faire, je l'ai toujours vu faire, a-t-elle murmuré. Claire l'a rassurée sans détour : beaucoup de gens le font, par gentillesse, et l'essentiel était d'appeler maintenant plutôt que demain.

Une boîte en carton, une bouillotte, et ce qu'elle surveille désormais

Sur les conseils de Claire, Monique a installé le hérisson dans le carton, sur une vieille serviette, avec une bouillotte tiède enveloppée dans un torchon. Elle a posé une coupelle d'eau à côté de lui, rien d'autre. Josiane l'a conduite au centre de soins dans l'après-midi. Là-bas, on l'a pesé : à peine trois cent quarante grammes, bien trop peu pour hiberner, d'après les soigneurs qui l'ont pris en charge.

Il a passé l'hiver en convalescence, réhydraté, nourri, déparasité. Monique a appelé tous les quinze jours, et elle a fait un don au centre, quarante euros, ce qu'elle pouvait. En avril, Claire lui a proposé de le relâcher dans son jardin, puisqu'il venait de là. Soyons honnêtes, elle a pleuré en ouvrant la boîte près de la haie, quand il a filé vers les ronces sans se retourner.

Depuis, elle a jeté la brique de lait réservée aux visiteurs et rangé l'assiette à fleurs. Dans le cellier, elle garde une boîte de pâtée pour chat et le numéro du centre punaisé près du téléphone. Elle en parle à toutes ses amies du club de marche, qui lui répondent souvent que leurs grands-mères aussi mettaient du lait. Elle leur montre alors la photo du petit hérisson, posé dans son carton, et elle raconte la suite.

« Quand j'ai vu son flanc bouger, j'ai couru chercher les gants, je tremblais tellement que j'ai fait tomber le carton. »

  • Ne jamais donner de lait à un hérisson : il ne digère pas le lactose et risque une diarrhée grave.
  • Un hérisson actif en plein jour en automne est souvent affaibli ou trop léger pour hiberner.
  • Proposer seulement une coupelle d'eau et un peu de pâtée ou de croquettes pour chat.
  • Le placer au calme dans un carton avec une serviette et une bouillotte tiède enveloppée.
  • Appeler rapidement un centre de soins pour la faune sauvage, le vétérinaire peut donner le numéro.
  • Garder un coin de feuilles mortes et de branchages pour qu'ils trouvent abri au jardin.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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