À 67 ans, elle démarre sa tondeuse un dimanche après la messe : vingt minutes plus tard, la police municipale sonne à son portail

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Les cloches de Saint-Martin venaient de se taire, et l'odeur du rôti montait déjà de la cuisine. Il était 12h25 quand Monique a posé son sac sur la chaise du couloir, changé ses chaussures et tiré la tondeuse hors de l'abri. Un coup sec sur le lanceur, le moteur a toussé, puis rugi entre les haies de thuyas du lotissement.

Un dimanche réglé comme une horloge depuis trente ans

Monique a soixante-sept ans et habite la même maison de plain-pied, à quelques kilomètres de Dijon, depuis 1994. Ancienne secrétaire médicale, elle vit seule depuis la mort de Gérard, son mari, il y a quatre ans. Le jardin, c'était son domaine à lui, et elle a mis un point d'honneur à le garder net. La pelouse fait environ trois cents mètres carrés, bordée de rosiers qu'elle taille elle-même chaque automne.

Ses dimanches suivent un ordre qu'elle ne discute plus. La messe de dix heures trente, un café avec deux amies sur le parvis, puis le retour en voiture par la route des vignes. Elle met le rôti au four vers midi, et pendant qu'il cuit, elle s'occupe dehors. Le jardin lui prend une demi-heure, rarement plus, et elle déjeune ensuite devant la fenêtre, satisfaite du travail accompli.

Dans le lotissement, tout le monde se connaît un peu, sans se fréquenter vraiment. On se salue par-dessus les clôtures, on se prête une échelle, on garde un œil sur les volets quand l'autre part en vacances. Monique n'a jamais eu de dispute avec personne. Elle le dit volontiers, avec une pointe de fierté, comme une preuve que la vie de quartier tient à de petites politesses répétées.

Elle choisit le seul créneau où elle se sent disponible

Pendant longtemps, Monique tondait le samedi matin. Puis sa petite-fille Clara a commencé la danse, et le samedi est devenu le jour des trajets jusqu'à la salle de Chenôve. Le dimanche après la messe s'est imposé naturellement. Elle était déjà habillée, réveillée, et l'après-midi restait libre pour la sieste ou les mots croisés. Cela lui semblait parfaitement raisonnable, presque une forme d'organisation dont elle était contente.

Il faut dire que la tondeuse de Gérard est une vieille thermique, robuste mais bruyante. Son fils lui avait proposé d'en acheter une électrique, plus légère, mais elle avait refusé. Celle-ci démarre encore au premier coup, alors pourquoi la changer, répondait-elle. Elle portait parfois un casque antibruit trouvé dans l'atelier, plus pour ses oreilles que par égard pour quiconque, puisque personne ne s'était jamais plaint.

Elle se disait aussi qu'en pleine journée, à midi, personne ne dormait. Le bruit de midi, dans son esprit, ce n'était pas celui de sept heures du matin. Je ne réveille pas les bébés, je ne dérange pas les gens qui font la grasse matinée, pensait-elle. Et puis le dimanche, les voisins étaient souvent partis chez leurs enfants. Bref, tout semblait justifier ce créneau, et elle n'avait jamais eu la moindre raison d'en douter.

« Je tondais mon jardin, ce n'est pas interdit, enfin je le croyais vraiment jusqu'à ce dimanche-là. »

Un rideau qui bouge et un regard qu'elle ne remarque pas

Ce dimanche de mai, il faisait doux, presque vingt-deux degrés. Plusieurs familles déjeunaient dehors, ce qui n'arrivait pas encore les semaines précédentes. Chez les Bernard, juste derrière la haie, une grande table avait été dressée sous la pergola, avec des cousins venus de Beaune. Monique a entendu des rires et des verres qui tintaient, mais avec le moteur, tout cela n'était qu'un fond lointain.

Au troisième passage, elle a vu un homme se lever et regarder dans sa direction. Il n'a rien dit, il a juste haussé les épaules et s'est rassis. De l'autre côté, chez un jeune couple installé depuis l'hiver, un rideau a bougé à l'étage. Elle a pensé qu'on admirait sa pelouse, ou qu'on vérifiait la météo. Soyons honnêtes, on ne s'imagine jamais être la gêne des autres.

Elle a continué ses bandes bien droites, comme Gérard le lui avait appris, en vidant le bac deux fois dans le composteur. Le moteur chauffait, l'herbe était un peu haute après les pluies. Vers midi quarante-cinq, elle a coupé le contact, essuyé ses mains sur son tablier et regardé l'heure. Le rôti devait être presque prêt. Elle n'a pas entendu la voiture s'arrêter dans la rue.

Deux uniformes au portail et une explication qui patine

La sonnette a retenti à 12h50. Derrière le portail en fer forgé, deux agents de la police municipale, un homme et une femme, attendaient poliment. Monique a d'abord cru à un cambriolage dans le quartier, puis à un accident. Son cœur s'est serré. La femme s'est présentée et lui a expliqué qu'un signalement avait été fait pour bruit de tondeuse, ce midi, à cette adresse précise.

Monique a ri, d'un rire nerveux. Je tondais mon jardin, ce n'est pas interdit, a-t-elle répondu en ôtant ses gants. L'agent a hoché la tête, sans hausser le ton. Il a sorti de sa poche une feuille pliée en quatre, la photocopie de l'arrêté en vigueur sur la commune. Elle a vu des horaires, des colonnes, des jours de la semaine, sans parvenir à lire tout de suite.

Elle a tenté d'argumenter. Elle tond le dimanche depuis des années, personne n'a jamais rien dit, elle est veuve, elle fait de son mieux. Elle a même évoqué la messe, comme si cela changeait quelque chose. Les agents écoutaient. L'homme a fini par dire doucement : Madame, on comprend, mais on est obligés de venir quand on nous appelle. Monique a senti ses joues brûler sous le regard de la rue.

« Madame, on comprend, mais on est obligés de venir quand on nous appelle, c'est notre travail. »

La règle existait bien avant elle, et elle tenait en une ligne

La femme a déplié la feuille sur le pilier du portail et posé le doigt sur une ligne. Les travaux de bricolage et de jardinage utilisant des appareils bruyants, tondeuses, taille-haies, tronçonneuses, perceuses, n'étaient autorisés le dimanche et les jours fériés que de dix heures à midi. À 12h30, Monique était donc hors des horaires, tout simplement. Ce n'était ni une vengeance ni un excès de zèle.

L'agent lui a expliqué que ces horaires découlent d'arrêtés pris par la préfecture pour le département, et que chaque maire peut les préciser par arrêté municipal. D'une commune à l'autre, les créneaux varient un peu, mais le dimanche, la plage de dix heures à midi revient très souvent. En semaine et le samedi, les plages sont plus larges, avec une pause en milieu de journée selon les endroits.

Monique a demandé où elle aurait dû trouver cette information. À la mairie, lui a-t-on répondu, l'arrêté est affiché et consultable, et on peut aussi le demander à l'accueil. Ce jour-là, les agents se sont contentés d'un rappel à la règle, sans procès-verbal. La femme a ajouté : On préfère expliquer la première fois. Monique a refermé le portail, le rôti avait un peu trop cuit.

Ce qu'elle a changé, et ce que chacun peut vérifier chez soi

Le lundi matin, Monique est allée à la mairie. La secrétaire lui a imprimé l'arrêté sans s'étonner, visiblement habituée à la demande au printemps. Monique l'a aimanté sur son frigo, à côté des dessins de Clara. Elle a découvert qu'en semaine, elle aurait pu tondre bien plus tard qu'elle ne le pensait, et que le samedi offrait aussi un créneau confortable l'après-midi.

Elle a aussi frappé chez les Bernard, une boîte de sablés à la main. Le voisin a reconnu que ce n'était pas lui qui avait appelé, mais qu'il avait été agacé, avec les cousins à table. Je ne savais même pas que j'embêtais quelqu'un, je croyais que midi, c'était l'heure la plus tranquille, lui a-t-elle confié. Ils ont fini par en rire un peu, sur le seuil, sans rancune.

Depuis, elle tond le dimanche à dix heures moins le quart, avant la messe de onze heures, ou le mercredi en fin d'après-midi. On connaît tous ça, l'habitude qui semble évidente jusqu'au jour où quelqu'un la conteste. Monique, elle, en tire une leçon simple. Elle dit que la règle était écrite depuis longtemps, et qu'il suffisait de pousser la porte de la mairie pour la lire.

« Je ne savais même pas que j'embêtais quelqu'un, je croyais que midi c'était l'heure la plus tranquille. »

  • Demandez l'arrêté sur le bruit à l'accueil de votre mairie, il y est affiché et consultable.
  • Le dimanche et les jours fériés, le créneau autorisé est souvent limité de 10 heures à midi.
  • Les horaires de semaine et du samedi sont plus larges, mais varient selon les communes.
  • Tondeuses, taille-haies, tronçonneuses et perceuses sont concernés, qu'ils soient thermiques ou électriques.
  • Affichez les horaires de votre commune près de l'abri de jardin pour ne plus hésiter.
  • Prévenez vos voisins avant un gros chantier, cela évite souvent un appel à la police municipale.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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