Il pose un nichoir à mésanges un dimanche d’avril près de Mâcon : deux printemps plus tard, aucun oiseau n’a franchi le petit trou rond

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Le dimanche matin, vers dix heures, la cloche de l'église de Charnay sonnait encore quand Bernard a calé l'escabeau contre le vieux cerisier. Le nichoir tenait dans sa main gauche, le bois sentait la sciure fraîche. Deux vis, un coup de tournevis, et le petit trou rond regardait le sud, plein soleil. Dans la haie, une mésange charbonnière chantait sa note métallique.

Un jardin tranquille au-dessus de Mâcon, et un vieux cerisier

Bernard a soixante-sept ans et il a passé quarante ans à réparer des chaudières dans tout le Mâconnais. Sa maison de Charnay-lès-Mâcon, achetée avec Monique au début des années quatre-vingt-dix, domine un peu la ville. Le jardin descend en pente douce vers une haie de noisetiers et de troènes. Au milieu se tient un vieux cerisier qui donne encore des bigarreaux, même si les merles en mangent la moitié chaque année.

Depuis sa retraite, Bernard a pris l'habitude de boire son café sur la terrasse, face à ce cerisier. Il regarde les oiseaux sans les connaître vraiment, il reconnaît le rouge-gorge et le merle, à peine plus. Les mésanges, il les aime pour leur agitation, cette façon de pendre la tête en bas sous une branche. Monique lui a offert un petit guide illustré pour Noël, qu'il laisse sur la table du salon.

C'est sa petite-fille Jade, neuf ans, qui a lancé l'idée pendant les vacances de février. À l'école, sa maîtresse avait parlé des oiseaux qui manquent de cavités pour nicher, parce qu'on coupe les vieux arbres creux. Elle voulait voir des bébés mésanges, elle l'a répété tout le week-end. Bernard, qui a toujours eu un établi au garage, a dit d'accord. Il trouvait ça plutôt simple, une boîte avec un trou.

Une planche de chêne, un dimanche d'avril, et beaucoup de bonne volonté

Il a passé deux après-midi de mars dans son garage, entre la scie sauteuse et les serre-joints. Il avait trouvé un plan sur un vieux calendrier de la Ligue pour la protection des oiseaux, coincé dans un tiroir. Le trou devait faire vingt-huit millimètres pour une charbonnière, il l'a mesuré trois fois avec son pied à coulisse. Le toit était incliné et débordant, pour que la pluie ne rentre pas.

Il ne restait qu'à le poser, et Bernard a attendu le retour de Jade, un dimanche d'avril. Le choix de l'orientation lui a paru évident. Face au sud, le nichoir serait au chaud, pensait-il, les petits n'auraient jamais froid au petit matin. Il l'a fixé à un mètre cinquante environ, pour que la gamine puisse le voir de près en se mettant sur la pointe des pieds.

Je me suis dit qu'un oiseau, c'est comme nous, ça aime le soleil, raconte-t-il aujourd'hui en riant un peu. Jade a pris une photo avec le téléphone de sa grand-mère et l'a envoyée à toute la famille. Le soir même, Bernard a guetté depuis la terrasse, persuadé qu'une mésange viendrait visiter avant la nuit. Il est resté là jusqu'à ce que la lumière baisse vraiment, son café refroidi entre les mains.

« Je me suis dit qu'un oiseau, c'est comme nous, ça aime le soleil, alors je l'ai mis plein sud. »

Les mésanges passent tout près, mais aucune ne s'arrête jamais

Les jours suivants, il y avait bien des mésanges dans le jardin, des charbonnières et deux ou trois bleues. Elles traversaient le cerisier, picoraient les bourgeons, puis repartaient vers la haie. Aucune ne se posait sur le petit perchoir que Bernard avait pourtant ajouté sous l'entrée. Il s'est dit que c'était normal, qu'il fallait le temps que l'odeur du bois neuf s'en aille.

Vers la mi-mai, il a remarqué un manège étrange chez le voisin, Gérard, de l'autre côté de la haie. Un couple de charbonnières faisait des allers-retours incessants vers un vieux mur de pierre. Elles portaient des chenilles vertes dans le bec, une toutes les deux minutes. Bernard a haussé les épaules, il s'est dit que ces oiseaux avaient trouvé leur place avant lui, voilà tout.

Il y a eu aussi ce détail, l'été venu, qu'il n'a pas relevé sur le moment. En posant la main sur le nichoir un après-midi de juillet, il l'a trouvé brûlant, presque comme une tôle de voiture. Il a retiré ses doigts sans y penser davantage. Le premier printemps est passé ainsi, sans un seul brin de mousse à l'intérieur, et Jade a cessé de demander des nouvelles.

Un deuxième printemps vide, et les hypothèses qui s'accumulent

L'hiver suivant, Bernard a décidé de ne rien changer, par entêtement autant que par patience. Il s'est dit qu'un an, ce n'était rien, que les oiseaux étaient méfiants. Au printemps, il a recommencé à guetter depuis la terrasse, chaque matin. Les mésanges étaient là, toujours aussi nombreuses, et le nichoir toujours aussi vide. Soyons honnêtes, il commençait à le prendre un peu personnellement.

Il a d'abord accusé le chat roux de Gérard, qui patrouillait souvent sous le cerisier. Puis il a soupçonné le bois, trop traité, ou le trou, peut-être mal percé. Monique pensait que l'endroit était trop passant, près de la terrasse où ils déjeunaient. Il a même ouvert le nichoir pour vérifier qu'aucune guêpe n'y avait élu domicile. Rien, juste une odeur de bois sec et une araignée.

Je regardais ce trou tous les matins et je me demandais ce que j'avais raté, dit-il. Il a fini par en parler au marché de Mâcon, au stand d'un apiculteur qu'il connaît depuis longtemps. L'homme l'a écouté, a souri, et lui a conseillé d'aller voir une bénévole d'une association naturaliste du coin. Elle faisait des sorties d'observation le samedi matin le long de la Saône.

« Je regardais ce trou tous les matins et je me demandais ce que j'avais bien pu rater. »

Ce n'était ni le chat ni le bois, mais le soleil et le calendrier

Elle s'appelle Hélène, elle a la cinquantaine et compte les oiseaux des bords de Saône depuis vingt ans. Elle est venue un samedi de juin, des jumelles autour du cou, et a regardé le nichoir longtemps sans rien dire. Puis elle a posé trois questions simples : quand il l'avait installé, à quelle hauteur, dans quelle direction. À chaque réponse, elle hochait doucement la tête.

Le premier problème, c'était la date, a-t-elle expliqué. Les mésanges repèrent leur site de nidification dès la fin de l'hiver, parfois en février. En avril, les couples du jardin avaient déjà choisi leur cavité, le vieux mur de Gérard par exemple. Un nichoir se pose à l'automne, pour qu'il soit là, déjà patiné, quand les oiseaux prospectent. Certains s'y abritent même pendant les nuits froides de l'hiver.

Le deuxième problème, c'était le sud, a-t-elle ajouté en touchant le toit. En plein soleil, l'intérieur chauffe énormément en mai, et une couvée peut ne pas y survivre. Les oiseaux semblent le sentir et évitent ce genre d'endroit. Il faut tourner l'entrée vers l'est ou le sud-est, à l'abri du vent dominant et des pluies. Votre nichoir, c'est un four orienté vers la mauvaise saison, a-t-elle résumé.

Un escabeau sorti en octobre, et un nichoir déplacé de trois mètres

Bernard a attendu l'automne, cette fois sans impatience. Un samedi d'octobre, il a ressorti l'escabeau et décroché le nichoir du cerisier. Il l'a reposé sur le tronc d'un frêne, au fond du jardin, à près de trois mètres de haut, l'entrée tournée vers le sud-est. Le vent d'ouest qui remonte de la Saône ne l'atteint plus, et le soleil du matin seul vient l'éclairer.

Ça ne lui a rien coûté, sinon deux vis neuves et une matinée. Il a quand même ajouté une plaque métallique autour du trou, sur le conseil d'Hélène, pour que les pics ne l'agrandissent pas. Fin février, Jade a vu une mésange bleue entrer avec un brin de mousse dans le bec. On connaît tous ce moment où l'on retient son souffle, elle a appelé son grand-père en chuchotant.

J'avais fait une belle boîte au mauvais moment et au mauvais endroit, c'est tout, dit Bernard. Il a désormais deux nichoirs, et il conseille volontiers ses voisins quand ils en parlent au marché. Avant d'en poser un chez soi, il y a quelques points simples à regarder, qu'Hélène lui a répétés. La liste tient sur un papier qu'il garde aimanté sur la porte du frigo.

« Votre nichoir, c'est un four, et en plus il est arrivé quand les mésanges avaient déjà choisi leur maison. »

  • Poser le nichoir à l'automne, avant que les mésanges prospectent dès la fin de l'hiver.
  • Le fixer à deux ou trois mètres de hauteur, hors de portée des chats.
  • Tourner l'entrée vers l'est ou le sud-est, jamais en plein sud.
  • L'éloigner du vent dominant et des pluies, sous un toit débordant.
  • Prévoir un trou de 28 mm pour une charbonnière, plus petit pour une mésange bleue.
  • Le nettoyer chaque automne, une fois la saison de nidification terminée.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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