À 66 ans, elle trouve une chauve-souris accrochée au rideau du salon : son gendre arrive avec un balai et des gants de jardin

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Il était un peu plus de vingt heures, ce mardi d'octobre, quand Monique a reposé sa tasse de tilleul sur le guéridon. La télévision murmurait le journal régional. Un frottement léger, presque un froissement de papier, est venu du côté de la baie vitrée. Elle a levé les yeux vers le rideau de lin beige, et elle a vu une petite forme brune, immobile, accrochée tout en haut.

Une maison tranquille au bord de la Loire, depuis quarante ans

Monique a soixante-six ans et elle habite la même maison depuis quarante ans, dans un village au sud d'Angers. C'est une longère en tuffeau, avec un grenier sous les ardoises et un jardin qui descend vers une haie de noisetiers. Ancienne secrétaire de mairie, elle connaît chaque voisin, chaque chemin, chaque orage qui remonte la vallée. Depuis la mort de son mari, elle vit seule, mais sa fille Claire passe souvent avec son compagnon, Julien, qui habite à dix minutes.

Ses soirées ont un ordre bien établi, et elle y tient beaucoup plus qu'elle ne l'avoue. Elle ferme les volets de la cuisine vers dix-neuf heures, laisse ouverte la fenêtre du salon pour aérer, puis s'installe dans son fauteuil. Le chat des voisins traverse parfois la terrasse, les chouettes commencent à chanter derrière la grange. En octobre, la lumière baisse vite, et le salon prend une teinte orangée sous le vieux lustre à trois branches.

Des chauves-souris, elle en a toujours vu tourner au-dessus du jardin, les soirs d'été, autour du lampadaire de la rue. Elle les trouvait plutôt jolies, avec leur vol en zigzag au ras des tilleuls. Son mari disait qu'elles mangeaient les moustiques et qu'il fallait les laisser tranquilles. Mais elles restaient dehors, à leur place, comme les hérissons et les crapauds. Jamais Monique n'avait imaginé en trouver une à l'intérieur, à deux mètres de son fauteuil.

La fenêtre entrouverte qu'elle laissait chaque soir pour aérer

Cette fenêtre du salon, elle la laissait entrebâillée par habitude, et pour de très bonnes raisons. La maison est ancienne, les murs gardent l'humidité, et le chauffage au fioul assèche l'air dès qu'on l'allume. Une pièce qui ne respire pas finit par sentir le renfermé, disait sa mère. Alors chaque soir, entre le dîner et le journal, Monique ouvrait d'une main le battant de gauche, juste assez pour qu'un filet d'air frais passe derrière le rideau.

Cet automne-là avait été doux, presque tiède, avec des soirées où l'on pouvait encore rester dehors en gilet. Les insectes tournaient longtemps autour de la lampe de la terrasse, attirés par la lumière qui restait allumée jusqu'à neuf heures. Monique ne voyait rien de mal à tout ça. Elle aimait entendre le jardin pendant qu'elle regardait la télévision, le vent dans les noisetiers, un chien qui aboyait au loin vers la départementale.

Elle ne savait pas que la lumière du salon, vue de dehors, formait une tache claire dans la nuit du jardin. Elle ignorait aussi qu'à cette saison, les jeunes chauves-souris nées au début de l'été apprennent encore à se repérer. Elles explorent, se trompent de chemin, testent des ouvertures qui ressemblent à l'entrée d'un abri. Une fenêtre entrouverte, un rideau qui flotte, une pièce tiède : pour une jeune bête sans expérience, cela peut ressembler à une fissure de grenier.

« Je croyais que c'était une feuille morte collée au rideau, et puis la feuille a bougé ses petites griffes. »

Un froissement sur le rideau, qu'elle prend pour une feuille morte

Le premier bruit, Monique l'a d'abord mis sur le compte du vent. Une feuille de tilleul, sans doute, entrée par l'ouverture et collée au tissu. Elle a même failli se lever pour la retirer, puis le présentateur a annoncé un reportage sur les vendanges en Anjou, et elle est restée assise. Ce n'est qu'au deuxième froissement, plus net, qu'elle a vraiment regardé. La feuille avait des petites griffes, et elle bougeait légèrement, comme quelque chose qui respire.

Elle s'est approchée doucement, ses lunettes sur le nez, en tenant le dossier du fauteuil. La bête était minuscule, pas plus grande que son pouce, les ailes repliées comme un parapluie fermé. On distinguait un museau brun, deux oreilles pointues, un pelage presque doux. Elle pendait la tête en bas, accrochée au revers de l'ourlet. Monique a reculé d'un pas, le cœur qui cognait un peu plus fort, sans vraiment savoir si elle avait peur ou si elle était fascinée.

Elle a pensé à la rage, évidemment, parce que c'est le premier mot qui vient. Elle a pensé aussi aux histoires de chauves-souris qui s'accrochent dans les cheveux, que racontait sa grand-mère. Soyons honnêtes, on connaît tous ces vieilles peurs, même quand on sait qu'elles ne tiennent pas debout. Alors elle a fait ce qu'elle fait toujours quand quelque chose la dépasse dans la maison. Elle a pris son téléphone, elle a appelé Claire, et c'est Julien qui a décroché.

Le gendre débarque avec un balai et des gants de jardin

Julien a quarante et un ans, il est électricien, et il aime bien être celui qu'on appelle quand quelque chose ne va pas. Il est arrivé un quart d'heure plus tard, en survêtement, avec dans les mains le balai de la cuisine de Claire et une paire de gants de jardin à poignets verts. On va la faire tomber dans un carton et je la sors, a-t-il dit en entrant, sans même enlever ses chaussures.

Monique a tenu la porte du salon pendant qu'il tendait le balai vers le rideau. La chauve-souris s'est décrochée d'un coup, a fait trois tours affolés sous le lustre, puis s'est collée en haut de l'armoire normande. Julien a juré entre ses dents, a grimpé sur une chaise, a tenté de l'attraper avec les gants. Elle s'est faufilée derrière le meuble. Monique, plaquée contre le mur, répétait qu'il allait lui casser une aile, et que ce n'était pas la peine.

Au bout de vingt minutes, ils étaient tous les deux essoufflés, et la bête restait invisible quelque part derrière l'armoire. Claire, restée au téléphone sur haut-parleur, a fini par dire qu'il fallait peut-être arrêter de lui courir après. Elle avait une collègue, Sandrine, bénévole dans une association de protection de la nature à Angers. Elle l'a appelée pendant que Julien descendait de sa chaise, les gants à la main, l'air de quelqu'un qui commence à douter.

« On va la faire tomber dans un carton et je la sors, ça prendra deux minutes, pas plus. »

Ce n'était ni une bête malade ni une colonie installée

Sandrine a rappelé Monique directement, d'une voix calme qui a fait baisser la tension d'un coup. Elle lui a demandé la taille de l'animal, l'heure, si la fenêtre était ouverte. Puis elle a expliqué qu'en automne, c'était très courant. Les jeunes de l'année, nés en juin, s'aventurent dans les maisons par erreur en cherchant un gîte, a-t-elle dit. Ce n'est pas qu'elle est malade, ni qu'il y a un nid chez vous, c'est une ado qui s'est perdue.

Elle a aussi rappelé, sans faire la leçon, que toutes les espèces de chauves-souris sont protégées en France. On n'a pas le droit de les capturer, de les blesser ou de les tuer, même dans sa propre maison. Et surtout, on ne les touche jamais à mains nues, a-t-elle insisté, même avec de bons gants de jardin ça reste délicat. Une bête paniquée peut mordre pour se défendre, et c'est précisément ce genre de contact qu'il faut éviter.

Monique a regardé Julien, qui tenait encore le balai comme une lance. Sandrine leur a donné la marche à suivre, simple au point d'en être presque vexante. Éteindre toutes les lumières de la pièce, ouvrir grand la fenêtre, fermer la porte du salon et sortir. Elle sent l'air frais, elle retrouve le dehors toute seule, en général c'est une affaire de quelques minutes, a-t-elle conclu. Le crépuscule était passé depuis longtemps, mais la nuit restait douce, et ça suffirait.

Une fenêtre grande ouverte, une porte fermée, et le silence

Monique a éteint le lustre et la lampe du guéridon, puis elle a ouvert les deux battants de la fenêtre en grand. Julien a reposé le balai contre le mur, un peu penaud. Ils sont sortis tous les deux et ont fermé la porte du salon derrière eux. Dans la cuisine, ils ont bu un café en chuchotant, comme si la bête pouvait les entendre. Au bout d'une demi-heure, Monique a rouvert doucement. Le salon était vide, le rideau bougeait dans l'air froid.

Elle a passé la lampe de poche derrière l'armoire, sur les poutres, sous le canapé. Rien. Julien a même vérifié la cheminée, par acquit de conscience. La petite chauve-souris était repartie dans le jardin, sans une égratignure ni pour elle ni pour eux. J'ai cru que j'allais avoir besoin des pompiers, et il suffisait d'ouvrir une fenêtre, a dit Monique en riant. Julien a juste haussé les épaules et rangé les gants dans la poche de son survêtement.

Depuis, Monique a changé deux petites choses. Elle aère toujours le salon, mais plus tôt, avant d'allumer la lumière, et elle a éteint la lampe de la terrasse le soir. Elle a aussi gardé le numéro de Sandrine sur le frigo, au cas où. Elle raconte l'histoire aux voisines du marché avec un certain plaisir. Cela ne lui a rien coûté, sinon une soirée agitée et un peu d'orgueil pour Julien. Mais elle regarde maintenant les chauves-souris du jardin avec une curiosité nouvelle.

« C'est une jeune de l'année qui s'est perdue, elle n'est pas malade, elle cherche juste un endroit où dormir. »

  • Éteindre toutes les lumières de la pièce où se trouve la chauve-souris.
  • Ouvrir la fenêtre en grand, idéalement au crépuscule ou à la nuit tombée.
  • Fermer la porte de la pièce et sortir, sans chercher à la poursuivre.
  • Ne jamais la toucher à mains nues ni tenter de l'attraper au balai.
  • Si elle est blessée ou au sol, contacter une association de protection de la faune.
  • En automne, aérer avant d'allumer la lumière et limiter les éclairages extérieurs.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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