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Le premier novembre, vers huit heures, la maison sentait encore la citrouille brûlée. Annick est descendue en chaussons, a entendu un froissement de plastique sous la table de la cuisine, puis le bruit sec d'une queue qui frappe le carrelage. Gribouille, son beagle de douze kilos, était couché au milieu d'un champ de papiers colorés, le museau collant, l'air parfaitement content de lui.
Une maison de campagne, trois petits-enfants et un beagle gourmand
Annick a 66 ans, elle a été secrétaire dans un collège de Rezé pendant trente ans. Avec Jean-Pierre, son mari, ancien électricien, elle vit depuis 2009 dans une longère à quelques kilomètres de Nantes, au bout d'un chemin bordé de noisetiers. Le jardin est grand, le potager occupe le couple une bonne partie de l'année. Gribouille est arrivé il y a six ans, adopté dans un refuge de Loire-Atlantique, et il a vite pris toute la place dans la maison.
Comme chaque année, les trois petits-enfants étaient venus passer Halloween chez leurs grands-parents. Lou, neuf ans, Nathan, sept ans, et la petite Inès avaient fait le tour du hameau déguisés en sorcière, en squelette et en chat noir. Les voisins jouent le jeu depuis longtemps, ils préparent des saladiers de friandises et allument des bougies devant les portes. Le soir, les enfants ont vidé leur butin sur la table du salon pour comparer, trier, échanger, dans un joyeux désordre de papiers.
Gribouille, lui, a suivi toute la soirée avec une attention d'une rare intensité. Ce chien connaît le bruit d'un emballage qu'on déchire mieux que celui de sa propre gamelle. Annick le sait, elle le surveille, elle range le pain en hauteur et ferme la poubelle avec un tendeur. On connaît tous ça, ces chiens qui feraient n'importe quoi pour une miette. Ce soir-là, pourtant, la fatigue a gagné tout le monde, et personne n'a vraiment pensé au grand sac de bonbons resté près du canapé.
Le sac posé sur une chaise basse, pour la bonne cause
Vers vingt-deux heures, Jean-Pierre a rassemblé les friandises dans un sac en tissu orange, celui qui avait servi pour la tournée du hameau. Les parents des enfants avaient demandé de limiter les sucreries, alors les grands-parents avaient décidé de tout garder et de distribuer les bonbons petit à petit pendant les vacances. C'était une décision raisonnable, prise pour protéger les dents des petits. Le sac a fini sur une chaise de la cuisine, à hauteur d'enfant, pour que chacun puisse y piocher sa part le lendemain.
Dans le sac, il y avait de tout, ce mélange typique des soirs d'Halloween. Des sucettes, des oursons à la gélatine, des barres chocolatées, des fraises tagada, quelques mandarines données par une voisine prudente. Il y avait aussi des petites boîtes de chewing-gums à la menthe et deux paquets de dragées sans sucre. Une voisine, infirmière à la retraite, avait choisi de distribuer des confiseries sans sucre, persuadée que ce serait plus sain pour les dents des enfants. Personne n'y avait prêté attention dans la pile.
Annick, elle, se souvient d'avoir pensé au chocolat avant d'aller se coucher. Elle avait lu quelque part que le chocolat était mauvais pour les chiens, comme tout le monde. Elle s'est dit que la chaise était haute, que Gribouille dormait dans son panier près du poêle, et qu'il n'allait pas grimper. Soyons honnêtes, ajoute-t-elle aujourd'hui, j'étais crevée, je ne voyais plus clair. La porte de la cuisine est restée entrouverte, comme toutes les nuits, pour que la chaleur du poêle circule dans le couloir.
« Des chewing-gums, pour moi ce n'était pas de la nourriture, je pensais qu'il allait les rejeter comme le reste. »
Des papiers partout, mais un chien qui semble aller très bien
Au petit matin, le tableau était clair. Le sac avait été tiré au sol, déchiré sur un côté, et son contenu dispersé jusque sous le buffet. Des papiers de barres chocolatées léchés, des sucettes mâchouillées encore collées au bâton, des emballages d'oursons arrachés. Gribouille remuait la queue, le ventre un peu rond, sans aucun signe de malaise. Annick l'a d'abord grondé, puis elle a ramassé, en comptant à peu près ce qui manquait, avec Jean-Pierre qui descendait en bâillant derrière elle.
Le couple a fait l'inventaire à genoux sur le carrelage. Deux barres chocolatées au lait avaient disparu, ainsi qu'une bonne poignée d'oursons. Jean-Pierre était plutôt rassuré, parce qu'il s'agissait de chocolat au lait, en petite quantité, pour un chien de douze kilos. Il a dit à sa femme qu'il allait sûrement avoir la diarrhée et que ça passerait. C'est en ramassant les derniers papiers près du poêle qu'Annick a trouvé une petite boîte en carton éventrée, mâchée, avec seulement deux dragées restantes sur la dizaine prévue.
Sur le moment, ce détail lui a paru secondaire. Des chewing-gums, ce n'est pas vraiment de la nourriture, s'est-elle dit, il allait les rejeter ou les digérer comme le reste. Elle a posé la boîte sur le plan de travail, à côté de la cafetière qui commençait à gargouiller. Les enfants dormaient encore à l'étage. Gribouille s'est recouché tranquillement dans son panier, la tête sur les pattes, comme après une bonne promenade. Rien, absolument rien, ne laissait penser que la matinée allait basculer quelques minutes plus tard.
Un coup de téléphone pour le chocolat, une question sur la menthe
Par acquit de conscience, Annick a tout de même appelé la clinique vétérinaire du bourg voisin, qui ouvre tôt le samedi. Elle voulait surtout savoir quoi surveiller pour le chocolat, combien de temps attendre, s'il fallait le faire jeûner. Une assistante lui a passé le vétérinaire de garde, un homme à la voix calme. Elle a déroulé son inventaire, les barres, les oursons, les sucettes. Il a posé des questions précises sur le poids du chien et sur le type de chocolat, puis il a semblé plutôt tranquille.
Puis il a demandé s'il y avait autre chose dans le sac, quelque chose de sans sucre. Annick a mentionné les chewing-gums presque en riant, en tournant la boîte entre ses doigts. Le ton a changé immédiatement. Il lui a demandé de lire la liste des ingrédients, mot par mot. Elle a cherché ses lunettes, a fini par déchiffrer la petite écriture sur le côté du carton. Le premier édulcorant mentionné était le xylitol. Au bout du fil, le vétérinaire lui a dit de venir maintenant, sans attendre.
Annick a protesté doucement, parce que le chien allait bien, qu'il dormait, qu'il n'avait même pas vomi. Elle se souvient de la réponse mot pour mot : justement, madame, avec ce produit on n'attend pas que les signes arrivent, parce qu'après il est parfois trop tard. Jean-Pierre a sorti la voiture pendant qu'elle réveillait Lou pour lui confier les plus petits. Elle a gardé la boîte de chewing-gums dans sa poche, comme le vétérinaire le lui avait demandé. Le trajet jusqu'au bourg a duré douze minutes.
« Justement madame, avec ce produit on n'attend pas que les signes arrivent, parce qu'après il est parfois trop tard. »
À la clinique, ce n'était pas le chocolat qui comptait
Dans la voiture, Gribouille a commencé à changer. D'abord une sorte de mollesse, la tête qui tombait sur les genoux d'Annick, puis de petits tremblements dans les pattes arrière. Elle lui parlait sans arrêt, les mains posées sur son flanc tiède. À la clinique, le vétérinaire l'a pris directement dans ses bras et l'a posé sur la table. Une goutte de sang prélevée à l'oreille, un appareil semblable à celui des diabétiques, et un chiffre qui l'a fait réagir tout de suite : sa glycémie était déjà basse.
Le vétérinaire a expliqué la situation pendant qu'il posait une perfusion de glucose. Chez le chien, le xylitol provoque une libération massive d'insuline, bien plus forte que chez l'humain. Le sucre sanguin chute alors brutalement, parfois en moins d'une heure, ce qui peut entraîner faiblesse, tremblements, convulsions. Il a ajouté que, selon les doses, le foie peut aussi être atteint dans les jours suivants. Pour un chien de douze kilos, a-t-il dit, quelques dragées suffisent à poser un vrai problème. Le chocolat au lait, dans ce cas, passait au second plan.
Annick s'est assise sur la chaise de la salle de soins, sonnée. Elle pensait avoir bien fait en surveillant le chocolat, celui dont tout le monde parle. Le danger était dans la boîte la plus anodine, achetée par une voisine qui voulait justement bien faire. Ce qu'on croit plus sain pour nous ne l'est pas du tout pour eux, a-t-elle soufflé à Jean-Pierre. Le vétérinaire a décidé de garder Gribouille en hospitalisation, avec des contrôles de glycémie toutes les deux heures et une prise de sang pour le foie.
Deux jours d'hospitalisation et une étiquette qu'on lit désormais
Gribouille est resté quarante-huit heures à la clinique. La glycémie est remontée sous perfusion, les tremblements ont cessé dans la matinée, et les analyses du foie sont restées correctes lors des deux contrôles. Le vétérinaire a expliqué au couple que l'appel rapide avait beaucoup compté, puisque le chien avait été pris en charge avant les convulsions. La facture s'est élevée à un peu plus de cinq cents euros, avec les examens, la perfusion et les nuits sur place. Gribouille n'étant pas assuré, le couple a payé en deux fois.
Le retour à la maison a eu un parfum particulier. Les petits-enfants avaient fabriqué une banderole en carton avec le nom du chien, et Lou avait rangé tous les bonbons restants dans une boîte en métal, posée en haut de l'armoire. Annick est allée voir la voisine infirmière pour lui raconter, sans reproche. La voisine ignorait tout du xylitol, elle a vérifié ses placards et trouvé le même édulcorant dans un dentifrice et un sirop. Jean-Pierre, lui, lit désormais les étiquettes du moindre produit qui entre dans la maison.
Le vétérinaire leur a laissé quelques consignes, valables pour leur chien et leur maison. Le xylitol se cache sous plusieurs noms, parfois sous le code E967, dans des chewing-gums, des bonbons, certains beurres de cacahuète, des pâtisseries ou des produits d'hygiène. Pour Annick, la leçon tient en une phrase : quand le mot sans sucre apparaît, elle appelle d'abord, elle réfléchit ensuite. Gribouille, lui, continue de guetter chaque froissement de papier, toujours aussi gourmand. Mais la porte de la cuisine, la nuit, reste désormais fermée.
« J'avais surveillé le chocolat toute la soirée, et le danger était dans la petite boîte qu'on m'avait donnée par gentillesse. »
- Lire les étiquettes : xylitol, parfois noté E967, dans chewing-gums, bonbons, pâtes à tartiner ou dentifrices.
- Ranger les sacs de friandises en hauteur ou dans une boîte fermée, surtout après une fête.
- En cas d'ingestion, appeler un vétérinaire immédiatement, sans attendre vomissements ou tremblements.
- Garder l'emballage pour indiquer le produit et estimer la quantité avalée.
- Noter l'heure approximative de l'ingestion et le poids du chien avant l'appel.
- Prévenir les invités et les voisins que les confiseries sans sucre sont à tenir loin des animaux.
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