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Le dimanche matin, vers dix heures, la cuisine sentait encore le café réchauffé. Sur le rebord de la fenêtre, Pistache se grattait l'oreille avec une obstination nouvelle, la patte arrière battant contre le carrelage. Sandrine, 47 ans, a posé sa tasse, s'est penchée, et a vu la petite tache brune filer entre les poils gris. Une puce, puis une autre, juste au creux du cou.
Une maison près de Niort, un chien, une chatte et leurs habitudes
Sandrine vit depuis douze ans dans une longère au bord du Marais poitevin, à quelques kilomètres de Niort. Elle est aide-soignante à l'hôpital, fait des horaires décalés, et rentre souvent quand le jour tombe sur les peupliers. La maison est pleine de bottes boueuses, de paniers en osier et de deux animaux qui cohabitent sans trop se disputer. Il y a Gaston, un griffon de huit ans, et Pistache, une chatte grise de quatre ans adoptée dans un refuge de la région.
Les deux bêtes passent leurs journées entre le jardin, les fossés et le canapé du salon. Gaston dort dans l'entrée, Pistache sur le radiateur, et le soir ils finissent parfois collés l'un contre l'autre près de la cheminée. Sandrine connaît leurs manies par cœur : le chien qui gratte la porte à sept heures, la chatte qui réclame ses croquettes en miaulant derrière la porte de la salle de bains. C'est une routine tranquille, de celles qu'on ne remarque plus à force de la vivre.
Côté soins, Sandrine s'organise comme elle peut, entre deux gardes et les courses du samedi. Elle achète les traitements au supermarché ou à la jardinerie, quand elle y pense, et range tout dans un tiroir du cellier. Vermifuges, pipettes, colliers, brosses : un joyeux mélange qu'elle ne trie jamais vraiment. Jusque-là, rien de grave n'est arrivé, et elle s'en est toujours remise à son bon sens. Elle dit volontiers qu'elle soigne des humains toute la semaine et qu'un chat, franchement, ce n'est pas plus compliqué.
Le tiroir du cellier et une boîte presque vide
Ce dimanche-là, Sandrine ouvre donc le tiroir du cellier pour traiter Pistache contre les puces. Elle fouille un moment sous les sacs de graines et les gants de jardin, puis comprend qu'il ne reste plus aucune pipette pour chat. La dernière a servi en juin, elle s'en souvient vaguement. En revanche, la boîte du traitement de Gaston est là, entamée, avec encore deux pipettes de couleur verte. Les magasins sont fermés, la jardinerie n'ouvre que le mardi, et les puces, elles, ne prennent pas de jours de repos.
Elle réfléchit, la boîte entre les mains, en lisant les gros caractères du devant. Antipuces, antitiques, efficace un mois, pour chiens de dix à vingt kilos. Pistache pèse un peu moins de quatre kilos, Gaston une quinzaine. Le calcul lui paraît simple : si elle ne met qu'une demi-pipette, la dose sera adaptée au petit gabarit de la chatte. Elle a vu sa grand-mère faire ce genre d'arrangement toute sa vie, couper un comprimé en deux, partager un sirop. Ça lui semble logique, presque raisonnable.
Soyons honnêtes, beaucoup de propriétaires auraient pensé la même chose, un dimanche matin, avec une chatte qui se gratte jusqu'au sang. Sandrine attrape Pistache, la cale contre sa poitrine, écarte les poils à la base du crâne. Elle presse la moitié de la pipette sur la peau, le liquide huileux brille un instant puis disparaît. La chatte se débat un peu, file sous la table, se lèche la patte. Ça sent légèrement le produit chimique dans la cuisine. Je me suis dit, voilà, c'est réglé pour un mois, raconte-t-elle aujourd'hui.
« Je me suis dit, une demi-pipette pour une petite chatte, c'est comme couper un comprimé en deux, non. »
Une patte qui tressaute pendant le déjeuner
Le midi, Sandrine déjeune avec sa sœur Véronique, venue de La Rochelle avec un gâteau aux pommes. Pistache passe dans la pièce, s'arrête au milieu du carrelage, puis secoue la tête comme si quelque chose la gênait. Sa patte avant droite tressaute deux ou trois fois, de petits mouvements secs. Véronique le remarque la première et en rit un peu, en disant que la chatte danse. Sandrine hausse les épaules : le produit doit la démanger, ça passera. Elles reprennent leur conversation sur les vacances de la Toussaint.
Vers quinze heures, la chatte ne vient pas réclamer ses croquettes, ce qui ne lui ressemble pas du tout. Sandrine la trouve dans la salle de bains, assise derrière le panier à linge, les oreilles bizarrement plaquées. Elle salive un peu, un filet transparent au coin de la bouche. Sandrine pense alors au goût du produit : Pistache a dû se lécher, avaler un peu de liquide amer, et elle bave pour s'en débarrasser. L'explication tient debout, elle la rassure, et l'après-midi continue avec le chien qui réclame sa promenade.
On connaît tous ça, ces petits signes qu'on range dans un coin de sa tête parce qu'on a autre chose à faire. Sandrine sort Gaston le long du canal, salue des voisins, ramasse des noix tombées sur le chemin. Quand elle rentre, le jour baisse déjà sur le marais et la maison est étrangement silencieuse. D'habitude, Pistache l'attend sur le muret de l'entrée. Ce soir-là, aucune queue grise ne dépasse du coussin, aucun miaulement ne monte de la cuisine, et la gamelle d'eau n'a pas bougé.
Le soir, la chatte tremble sous le lit et ne répond plus
Sandrine finit par la trouver sous le lit de la chambre, tout au fond, contre le mur. Avec la lampe de son téléphone, elle voit les yeux de Pistache, dilatés, presque entièrement noirs. Tout le corps de la chatte est parcouru de tremblements, comme si elle avait froid, alors que la pièce est chauffée. Quand Sandrine tend la main, l'animal recule en grognant, chose qu'il n'a jamais faite. Elle a l'impression que sa chatte ne la reconnaît plus. Il est un peu plus de vingt heures.
Le premier réflexe de Sandrine, c'est de chercher sur internet, assise par terre, le dos contre le sommier. Elle tape les symptômes, tombe sur des forums qui parlent de stress, de fièvre, d'intoxication à des plantes. Elle pense au lys que Véronique lui a offert, puis se souvient qu'il est dans le salon et que la chatte n'y touche jamais. Elle essaie d'attirer Pistache avec du thon, sans succès. Les tremblements deviennent plus forts, avec des sursauts de la tête qui la font cogner contre le bois.
Elle appelle sa sœur, qui lui conseille d'attendre le lendemain matin, pour voir si ça se calme. Sandrine hésite, regarde l'heure, imagine la facture d'une consultation de garde un dimanche soir. Puis elle repense à la patte qui dansait à midi, à la bave dans la salle de bains, et quelque chose se serre dans son ventre. Je voyais bien que ça empirait d'heure en heure, je n'arrivais plus à me raconter que c'était rien, dit-elle. Elle compose le numéro du vétérinaire de garde affiché sur le frigo.
« Ses yeux étaient tout noirs sous le lit, j'avais l'impression qu'elle ne savait plus qui j'étais. »
Au téléphone, le vétérinaire demande d'abord la boîte du chien
Au bout du fil, le vétérinaire de garde l'écoute décrire les tremblements, la salive, les pupilles dilatées. Puis il pose une question qui la prend de court : avez-vous mis un produit sur la chatte ces derniers jours. Sandrine raconte la demi-pipette, presque en s'excusant. Il lui demande d'aller chercher la boîte et de lire la composition à voix haute, ligne par ligne. Elle retourne dans le cellier, le cœur battant, et déchiffre les petits caractères au dos du carton. Le mot est là, en deuxième ligne : perméthrine.
Le vétérinaire lui explique alors, calmement, ce qu'elle n'avait jamais lu nulle part. La perméthrine, très utilisée dans les antiparasitaires pour chiens, est tolérée par eux mais toxique pour les chats, même à petite dose. L'organisme du chat élimine mal cette substance, qui agit sur son système nerveux et provoque tremblements, convulsions, salivation. Couper la pipette en deux ne change rien au problème, ce n'est pas une question de poids. Il lui dit de ne pas perdre une minute, d'emmener Pistache tout de suite, et la boîte avec.
Sandrine enroule la chatte dans une serviette de bain, les mains tremblantes à leur tour, et la pose dans la caisse de transport. Vingt minutes de route dans la nuit, les phares sur les haies, la radio éteinte. À la clinique, on lave d'abord la nuque de Pistache avec un savon doux pour retirer ce qui reste du produit. Puis on la met sous perfusion, avec un traitement pour calmer les spasmes. Elle reste hospitalisée deux nuits. Le vétérinaire dit simplement qu'elle a eu de la chance d'être amenée le soir même.
Ce que Sandrine regarde maintenant avant chaque traitement
Pistache est rentrée le mardi, un peu sonnée, rasée en partie à la patte où se trouvait le cathéter. Pendant quelques jours, elle a marché avec prudence, puis elle a retrouvé son radiateur et ses miaulements derrière la porte. La facture s'est élevée à un peu plus de quatre cents euros, entre la garde de nuit, la perfusion et l'hospitalisation. Sandrine ne regrette pas un centime, mais elle repense souvent à ces quelques heures perdues. Ce que je n'ai pas compris, c'est que la dose ne comptait pas, c'était le produit lui-même, répète-t-elle.
Depuis, le tiroir du cellier a été entièrement vidé et trié, avec deux boîtes bien séparées. Celle du chien porte une étiquette écrite au feutre, en lettres capitales, pour que personne ne se trompe. Sandrine a aussi appris à se méfier d'un autre piège dont lui a parlé le vétérinaire. Un chat peut être exposé simplement en se frottant contre un chien fraîchement traité, ou en dormant contre lui. Les soirs de traitement, Gaston dort maintenant dans l'entrée, porte fermée, le temps que le produit sèche bien sur son pelage.
Elle en parle autour d'elle, à l'hôpital, aux voisins qui ont des chiens et des chats sous le même toit. Beaucoup ignoraient, comme elle, que le mot perméthrine pouvait se cacher au dos d'une simple boîte de supermarché. Sandrine ne donne pas de leçon, elle raconte juste sa soirée sous le lit, la lampe du téléphone, les yeux noirs de sa chatte. Et elle termine toujours de la même manière, en montrant le numéro de garde toujours collé sur le frigo : la prochaine fois, j'appelle avant de chercher sur internet.
« Il m'a demandé de lire la boîte à voix haute, et quand j'ai dit perméthrine, il a juste dit venez. »
- Lire la composition au dos de chaque antiparasitaire et repérer la mention perméthrine.
- Ne jamais appliquer sur un chat un produit destiné au chien, même en dose réduite.
- Séparer les chats d'un chien fraîchement traité le temps que le produit sèche.
- Ranger les traitements du chien et du chat dans des boîtes distinctes et bien étiquetées.
- En cas de tremblements, salive ou pupilles dilatées, appeler aussitôt le vétérinaire, emballage en main.
- Afficher le numéro du vétérinaire de garde à un endroit visible de la maison.
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