Elle ouvre sa fenêtre un après-midi d’octobre près de Clermont-Ferrand : des dizaines de coccinelles orangées entrent dans sa chambre

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Il était un peu plus de quinze heures, ce mardi d'octobre, et le soleil tapait encore fort sur la façade blanche. Claire a tourné la poignée de la fenêtre de la chambre, celle qui grince depuis toujours. Un léger crépitement a suivi, comme des grains de riz sur une vitre. Dans l'encadrement, des dizaines de petites carapaces orangées se serraient les unes contre les autres.

Une maison claire sur les hauteurs, et des habitudes bien installées

Claire a cinquante-huit ans et vit depuis vingt ans dans une maison des années quatre-vingt, à quelques kilomètres de Clermont-Ferrand. Elle a été comptable dans une coopérative agricole, puis s'est mise à mi-temps pour s'occuper de son jardin. Son mari, Bernard, part encore tôt le matin pour son atelier de menuiserie. La maison est posée sur une petite butte, face au sud, avec une vue dégagée sur les volcans. Les murs ont été repeints en blanc cassé il y a trois ans, un choix dont elle reste assez fière.

Chaque après-midi d'automne, elle ouvre en grand les fenêtres de l'étage pendant une heure. C'est une habitude héritée de sa mère, qui disait qu'une chambre se respire avant de se dormir. Le soleil chauffe la façade, l'air entre, les draps sèchent parfois sur le rebord. Claire aime ce moment calme, entre le café et les courses. Elle range, elle écoute la radio, elle regarde les feuilles du cerisier jaunir dans le jardin. Rien, dans cette routine, ne lui avait jamais posé le moindre problème.

Les insectes, elle les connaît plutôt bien, et elle les aime. Son potager est cultivé sans produit chimique depuis des années, et elle laisse volontiers un coin d'herbes folles près du composteur. Les coccinelles, surtout, ont toujours eu sa sympathie, parce qu'elles mangent les pucerons de ses rosiers. Elle en voit chaque printemps sur les fèves et les capucines. Elle en parle même aux petits-enfants comme de petites alliées du jardin. C'est dire si la scène de ce mardi d'octobre l'a d'abord fait sourire plutôt qu'inquiétée.

Laisser faire les coccinelles, parce qu'elles rendent service au jardin

Ce premier jour, Claire n'a rien fait de spécial. Elle a simplement poussé quelques insectes du bout d'une feuille de papier, puis elle a refermé la fenêtre vers seize heures. Certains avaient déjà réussi à entrer et marchaient lentement sur le rebord intérieur. Elle en a recueilli une dizaine dans sa main pour les reposer dehors, sur le lierre. Pour elle, c'était un joli spectacle de saison, presque un cadeau. Elle a même pris une photo pour l'envoyer à sa fille, qui habite Lyon.

Le lendemain, elle a recommencé, fidèle à son habitude d'aérer en plein soleil. Bernard lui a demandé, au dîner, pourquoi il y avait des coccinelles sur la lampe de chevet. Elle a haussé les épaules en expliquant qu'elles cherchaient sans doute la chaleur avant l'hiver. Il a ri, a dit qu'on ne chasse pas les porte-bonheur, et la conversation est passée à autre chose. Ni l'un ni l'autre n'a imaginé qu'il puisse y avoir un problème à régler.

Claire avait de bonnes raisons de ne pas s'alarmer. Elle refusait depuis longtemps d'acheter des bombes insecticides, par principe et pour son chat, Pistache, qui dort souvent sur le lit. Elle se disait aussi que ces bêtes finiraient par repartir, comme les mouches de septembre. Soyons honnêtes, on a tous déjà vu quelques coccinelles au coin d'une vitre en automne. Personne n'en fait une affaire. Elle a donc continué d'ouvrir, chaque après-midi, sans se poser davantage de questions.

« Je ne savais pas que les coccinelles mordaient, c'était tout petit, mais ça m'a fait drôle. »

Une odeur âcre et des taches jaunes sur le rideau

Le troisième jour, quelque chose a commencé à la gêner. En secouant le rideau de lin, elle a remarqué de petites taches jaunâtres, comme des gouttes de thé séché. Une odeur un peu âcre flottait près de la fenêtre, difficile à décrire, entre la noisette amère et le métal. Elle a d'abord accusé le produit d'entretien utilisé la veille dans la salle de bains. Puis elle a vu les coccinelles serrées dans le coin du coffre de volet, par grappes entières.

Elles n'avaient pas toutes la même allure, et c'est ce détail qui l'a arrêtée. Certaines étaient presque rouges, d'autres orange pâle, quelques-unes noires avec deux taches claires. Le nombre de points variait d'un insecte à l'autre, parfois aucun, parfois une bonne vingtaine. Claire s'est souvenue des coccinelles de son enfance, rouge vif, avec leurs sept points bien nets. Celles-là ne leur ressemblaient pas vraiment. Elle a pris une loupe dans le tiroir du bureau pour regarder de plus près.

Sur le petit écusson blanc derrière la tête, elle a distingué un dessin noir en forme de M. Elle l'a noté sur un post-it, sans savoir à quoi cela pouvait correspondre. En voulant en déposer une dehors, elle a senti un léger pincement sur le doigt, rien de douloureux. Elle a alors dit à voix haute, seule dans la chambre, qu'elle ne savait pas que les coccinelles mordaient. Pistache, lui, s'amusait à taper du bout de la patte sur celles qui tombaient du rebord.

Des grappes dans les volets et des voisins tout aussi perdus

Le week-end suivant, Bernard est monté sur l'escabeau pour regarder sous le coffre du volet roulant. Il est redescendu en silence, puis il a demandé à Claire de venir voir. Des centaines d'insectes étaient agglutinés dans l'interstice entre le bois et le mur, immobiles. D'autres remontaient le long de la façade, attirés par la lumière qui frappait le crépi blanc. Il a dit qu'il n'avait jamais vu ça en trente ans de chantiers. Claire, elle, commençait à trouver la situation beaucoup moins charmante.

Elle a d'abord appelé sa voisine, Martine, qui habite la maison jaune en contrebas. Martine en avait aussi, mais beaucoup moins, surtout sur sa véranda orientée à l'ouest. Elle lui a conseillé un spray du supermarché, en assurant que ça marchait en deux jours. Claire a refusé net. Elle a ensuite téléphoné à son beau-frère, qui lui a parlé d'un désinsectiseur professionnel, devis à l'appui. Le chiffre annoncé, près de deux cents euros, lui a paru démesuré pour des coccinelles.

Le soir, elle a tenté de les balayer avec une petite brosse. Mauvaise idée : les insectes écrasés laissaient des traînées jaunes, et l'odeur devenait plus forte. Elle a essayé de fermer la fenêtre en permanence, mais certaines continuaient d'apparaître dans la pièce. Elle ne comprenait pas par où elles passaient. Elle a dit à Bernard qu'elle avait l'impression de vivre dans un terrier de coccinelles. Ils ont fini par rire, un peu nerveusement, en se demandant combien de temps ça durerait.

« J'avais l'impression de vivre dans un terrier de coccinelles, je ne comprenais pas par où elles passaient. »

Une coccinelle venue d'Asie, qui cherche simplement où passer l'hiver

C'est à la médiathèque, le mardi suivant, que Claire a trouvé la réponse. Elle feuilletait un guide des insectes de France quand elle est tombée sur une photo identique à son post-it. La coccinelle asiatique, Harmonia axyridis, porte souvent ce M noir sur le pronotum blanc. Ses couleurs varient énormément, du rouge à l'orange en passant par le noir. Elle a été introduite en Europe pour lutter contre les pucerons dans les serres et les cultures. Elle s'est ensuite installée durablement dans la nature, presque partout.

Le guide expliquait le comportement qui l'intriguait tant. À l'automne, ces coccinelles cherchent un abri pour passer l'hiver, et elles s'y rassemblent en groupes parfois énormes. Elles sont attirées par les surfaces claires et bien exposées au soleil, qu'elles repèrent de loin. La façade blanche plein sud de Claire ressemblait donc à une enseigne lumineuse. Les fentes des volets, les joints fatigués, les encadrements mal ajustés faisaient le reste. Elles ne venaient ni pour piquer ni pour nicher, seulement pour dormir au sec.

Le liquide jaune, lui, était une défense naturelle que l'insecte libère quand il se sent menacé. D'où les taches sur le lin, et cette odeur qui l'avait tant intriguée. Le petit pincement aussi était connu, désagréable sans plus. Claire a compris que le vrai problème ne venait pas des insectes eux-mêmes. Il venait de sa maison, pleine de petits passages. Elle a dit au bibliothécaire, en refermant le livre, qu'elle venait de passer quinze jours à leur ouvrir la porte.

Un aspirateur, un tube de silicone et une façade qui change de regard

Dès le lendemain, Claire a sorti l'aspirateur, en glissant un vieux bas nylon dans le tube pour faire filtre. Les coccinelles se retrouvaient prises dans la chaussette sans être écrasées, donc sans taches ni odeur. Elle relâchait ensuite le contenu dans l'abri de jardin, loin de la maison. Il a fallu trois passages, sur trois jours, pour vider le coffre de volet et les coins de la chambre. Elle n'a utilisé aucun insecticide, ce qui la rassurait pour le chat comme pour ses rosiers.

Ensuite, Bernard s'est occupé des fentes, avec un tube de silicone et des joints en mousse à onze euros. Il a calfeutré le coffre du volet, le bas de l'encadrement et un passage de câble oublié. Tout le chantier leur a coûté moins de trente euros, bien loin du devis de deux cents. Claire a aussi pris l'habitude d'aérer le matin, quand la façade est encore froide. Elle a dit à sa fille, au téléphone, qu'elle avait juste appris à fermer la bonne porte au bon moment.

Depuis, elle en voit encore quelques-unes sur la façade lors des belles journées, mais presque plus à l'intérieur. Martine est venue regarder les joints et compte faire pareil sur sa véranda. On connaît tous ces petites fissures qu'on remet toujours à plus tard. Claire, elle, a ajouté un passage dans son carnet de jardin, à la date de début octobre. Avant les premiers froids, elle fait maintenant le tour des fenêtres, une lampe à la main, comme on vérifie une serrure.

« En fait, j'ai passé quinze jours à leur ouvrir la porte, chaque après-midi, en plein soleil. »

  • Repérer la coccinelle asiatique : couleurs variables et souvent un M noir sur l'écusson blanc.
  • Aspirer les groupes avec un bas nylon glissé dans le tube, puis les relâcher dehors, loin.
  • Ne pas les écraser : leur liquide jaune tache les tissus et dégage une odeur âcre.
  • Calfeutrer coffres de volets, joints de fenêtres et passages de câbles avant octobre.
  • Aérer plutôt le matin, quand les façades claires exposées au sud ne sont pas encore chaudes.
  • Éviter les insecticides : aspirer et boucher les fentes suffit dans la plupart des cas.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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