Il s’accorde une sieste d’une heure et demie chaque dimanche près de Chambéry : le soir venu, il se sent plus lourd qu’au réveil

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Le dimanche, vers quatorze heures, la vaisselle sèche encore sur l'égouttoir quand Julien tire les rideaux du salon. Dehors, le Nivolet s'efface dans une brume grise, et la pluie tapote les gouttières de la maison de Bassens. Il cale un coussin sous sa nuque, pose son téléphone face contre la table basse, et ferme les yeux en écoutant le radiateur cliqueter doucement.

Une maison sur les hauteurs de Chambéry et des dimanches tranquilles

Julien a quarante-six ans et travaille comme technicien de maintenance dans une usine de la cluse de Chambéry. Il se lève à cinq heures et demie toute la semaine, avale un café debout, et prend la route avant que le jour ne se lève. Le soir, il rentre vers dix-huit heures, fatigué mais content, avec ce sentiment d'avoir fait sa part. Sa compagne, Claire, enseigne au collège voisin et corrige ses copies sur la table de la cuisine.

Leur maison de Bassens domine la ville, avec un petit jardin en pente et une vue dégagée sur les montagnes. Ils y vivent depuis douze ans, depuis la naissance de leur fille Inès, qui entre maintenant au lycée. Les dimanches suivent toujours le même rythme, sans grande surprise mais avec beaucoup de douceur. Le marché le matin, un poulet rôti à midi, une balade si le temps le permet, puis un film le soir sur le canapé.

Julien se décrit volontiers comme un bon dormeur, de ceux qui s'endorment dès que la tête touche l'oreiller. Il n'a jamais pris de somnifère, ne boit pas de café après le déjeuner, et se couche vers vingt-deux heures trente. Claire le taquine souvent sur cette facilité, elle qui tourne parfois une heure avant de trouver le sommeil. Pour lui, le repos n'a jamais été une question, encore moins un sujet de conversation. On dort quand on est fatigué, voilà tout, et le corps sait faire.

Le passage à l'heure d'hiver installe un nouveau rituel

Tout commence fin octobre, le week-end où l'on recule les montres d'une heure. Ce dimanche-là, le ciel est bas, il pleut depuis l'aube, et la balade prévue au lac de Saint-André tombe à l'eau. À quinze heures, il fait déjà presque sombre dans le salon. Julien sent ses paupières s'alourdir devant un documentaire animalier. Il s'allonge en se disant qu'il ferme les yeux cinq minutes, juste le temps que la pluie se calme un peu.

Il se réveille une heure et demie plus tard, la bouche pâteuse, le documentaire terminé depuis longtemps. Pourtant, ce soir-là, il trouve l'expérience plutôt agréable, comme un luxe qu'il ne s'accordait jamais. La semaine suivante, il recommence volontairement, rideaux tirés et couverture sur les jambes. Il se dit que l'hiver arrive, que les journées raccourcissent, et que son corps réclame simplement davantage de repos après des semaines chargées à l'usine.

Claire approuve sans hésiter, persuadée qu'il travaille trop et qu'il mérite cette pause. Elle lui garde même le silence, envoie Inès jouer de la guitare dans sa chambre, et baisse le son de la radio. Dormir davantage ne peut pas faire de mal, pense-t-elle, surtout pour quelqu'un qui se lève avant l'aube. Au bout de trois dimanches, la sieste est devenue une institution familiale. Personne n'oserait plus réveiller Julien entre quatorze heures et seize heures, c'est un moment sacré.

« Je pensais que je vieillissais, tout simplement, je n'aurais jamais accusé la sieste. »

Le soir, un brouillard qui ne se dissipe plus

Le premier détail étrange passe presque inaperçu. Après sa sieste, Julien reste assis plusieurs minutes au bord du canapé, les yeux dans le vague, incapable de se lever. Il a la tête lourde, comme après une nuit trop courte, et une vague nausée dans le fond de la gorge. Il met cela sur le compte du repas, du poulet un peu gras, du vin rouge partagé avec Claire. Il boit un grand verre d'eau et finit par se secouer.

Mais la sensation revient chaque dimanche, et elle dure de plus en plus longtemps. Vers dix-neuf heures, il se sent encore vaseux, irritable, incapable de suivre la conversation pendant le dîner. Inès lui demande deux fois s'il va bien, il répond sèchement que oui. Plus surprenant encore, au moment de se coucher, le sommeil ne vient plus. Lui qui s'endormait en trois minutes fixe maintenant le plafond jusqu'à minuit passé, en écoutant la respiration régulière de Claire.

Le lundi matin, quand le réveil sonne à cinq heures et demie, la journée commence dans un état pitoyable. Il conduit jusqu'à l'usine les yeux plissés, la radio trop forte pour rester éveillé. Il se dit que c'est l'hiver, le manque de lumière, peut-être une petite déprime saisonnière comme en parlent les collègues. Je pensais que je vieillissais, tout simplement, racontera-t-il plus tard. Il ne fait encore aucun lien entre ce lundi difficile et son long repos de la veille.

Vitamines, tisanes et nuits blanches qui ne changent rien

Fin novembre, Claire commence à s'inquiéter sérieusement. Elle achète une boîte de vitamine D à la pharmacie de la place, persuadée que le manque de soleil explique tout. Julien prend ses comprimés, sans résultat visible. Il essaie ensuite une tisane à la verveine le soir, puis renonce au film du dimanche pour se coucher plus tôt. C'est pire encore : allongé à vingt et une heures, il tourne pendant trois heures, de plus en plus énervé contre lui-même.

Un collègue, Patrick, lui suggère d'en parler à son médecin, qui évoque alors son âge, le stress du travail et lui conseille de surveiller sa tension. Il repart avec quelques conseils généraux et le sentiment de ne pas avoir été vraiment compris. Il n'a même pas mentionné ses siestes, tant elles lui paraissent insignifiantes, presque honteuses à avouer pour un homme de son âge. On connaît tous ça, ces petites habitudes qu'on ne pense jamais à raconter.

À la maison, l'ambiance s'en ressent. Julien s'énerve pour un rien le dimanche soir, et Claire commence à redouter ce moment de la semaine. Je ne sais plus quoi faire, je dors plus qu'avant et je suis plus épuisé, lâche-t-il un soir en reposant brutalement sa fourchette. Inès, silencieuse, finit par quitter la table plus tôt que prévu. C'est elle, pourtant, qui va apporter le début d'une réponse, quelques jours plus tard, grâce à un cours de biologie.

« Je ne sais plus quoi faire, je dors plus qu'avant et je suis plus épuisé. »

Ce n'était pas la fatigue, c'était la sieste elle-même

Ce mardi soir, Inès rentre du lycée avec un exposé à préparer sur les cycles du sommeil. Elle étale ses fiches sur la table de la cuisine et explique à son père ce qu'elle a appris. Le sommeil se découpe en cycles d'environ quatre-vingt-dix minutes, avec un sommeil léger au début, puis un sommeil profond. Au-delà d'une vingtaine de minutes, explique-t-elle, on bascule dans ce sommeil profond, dont il est très difficile de sortir brutalement.

Julien relève la tête. Elle continue sa lecture : quand on se réveille en plein sommeil profond, on subit ce que les spécialistes appellent l'inertie du sommeil. C'est cette sensation de tête lourde, d'esprit embrumé, qui peut durer longtemps après le réveil. Et une longue sieste l'après-midi grignote le besoin de dormir accumulé pendant la journée, ce qui retarde l'endormissement du soir. Papa, c'est exactement toi, dit Inès en riant, le doigt pointé vers sa fiche.

Julien reste silencieux un long moment, puis éclate de rire à son tour. Tout s'emboîte d'un coup : le réveil vaseux, la soirée dans le brouillard, les heures à fixer le plafond, le lundi catastrophique. Ce n'était ni l'âge, ni l'hiver, ni une déprime cachée. C'était ce repos qu'il croyait réparateur et qui, en réalité, déréglait toute sa fin de semaine. Soyons honnêtes, il aurait pu chercher encore longtemps si sa fille n'avait pas eu cet exposé à rendre.

Vingt minutes avant quinze heures, et des dimanches retrouvés

Le dimanche suivant, Julien tente l'expérience proposée par Inès. Il s'allonge juste après le déjeuner, vers treize heures trente, et règle une alarme sur son téléphone pour vingt minutes plus tard. Il a du mal à croire qu'un repos si court servira à quelque chose. Pourtant, quand la sonnerie retentit, il se lève sans peine, l'esprit clair, presque léger. Je me suis senti reposé, pas assommé, c'est une sensation complètement différente, raconte-t-il à Claire.

Le soir, il suit le film jusqu'au bout sans bâiller, discute avec Inès de son exposé, et s'endort à vingt-deux heures trente comme autrefois. Le lundi matin, la route vers l'usine lui paraît presque agréable. Il a continué depuis, en veillant à ne jamais dépasser l'heure. D'après ce qu'il a lu avec sa fille, une sieste courte prise avant quinze heures repose sans perturber la nuit suivante. Dans son cas à lui, la différence a été immédiate.

Claire, de son côté, a rangé la vitamine D dans le placard, et la famille a retrouvé ses dimanches tranquilles. Julien en parle maintenant à ses collègues, un peu amusé d'avoir cherché si loin une explication si simple. Il ne prétend pas détenir de vérité médicale, seulement ce qui a marché pour lui. Si les troubles du sommeil persistent malgré ces ajustements, il conseille simplement d'en parler franchement à son médecin, siestes comprises. Voici les repères qu'il garde désormais en tête.

« Papa, c'est exactement toi, regarde, tout est écrit sur ma fiche. »

  • Limiter la sieste à une vingtaine de minutes pour rester dans le sommeil léger.
  • La prendre de préférence en début d'après-midi, avant 15 heures.
  • Régler une alarme plutôt que compter sur un réveil naturel.
  • Repérer une tête lourde au réveil : signe d'une sieste probablement trop longue.
  • Observer si l'endormissement du soir se décale les jours de sieste.
  • Mentionner ses siestes à son médecin si les troubles du sommeil persistent.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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