Elle trouve une chauve-souris accrochée au rideau du salon, un matin d’octobre : son mari attrape déjà le balai posé derrière la porte

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Le radiateur cliquetait doucement, il était sept heures vingt et la lumière grise d'octobre passait à peine les voilages. Nadine, 58 ans, tirait le rideau du salon quand le tissu a résisté, alourdi par quelque chose. Elle a levé les yeux. Accrochée au pli, tête en bas, une boule brune pas plus grosse qu'un pouce respirait lentement.

Une maison tranquille au bord des étangs de la Bresse

Nadine et Gérard vivent depuis vingt-six ans dans une longère rénovée, à quelques kilomètres de Bourg-en-Bresse. Autour, des prés humides, des haies épaisses et un étang où Gérard pêche la carpe le dimanche matin. Lui a été conducteur de car scolaire pendant trente ans, elle travaille encore à mi-temps dans une pharmacie du centre-ville. Leur vie suit des rails simples, avec le café à sept heures et les infos à la radio.

La maison, ils la connaissent par cœur, jusqu'au grincement de la troisième marche et au courant d'air sous la porte du cellier. Le salon donne plein ouest, sur le jardin et le vieux noyer qui perd ses feuilles à l'automne. C'est là que Nadine passe ses soirées de septembre, fenêtre entrouverte, à lire jusqu'à ce que la nuit tombe. Elle aime entendre les grillons et sentir l'air frais remplacer la chaleur de la journée.

Des bêtes, ils en voient passer, et ils n'en font pas une histoire. Un hérisson traverse la pelouse certains soirs, des mésanges nichent dans le nichoir fabriqué par leur petit-fils. Les chauves-souris, ils les devinent surtout au crépuscule, des ombres rapides qui zigzaguent autour du lampadaire de la rue. Gérard dit souvent qu'elles mangent les moustiques, et c'est à peu près tout ce qu'il en sait. Personne, dans cette maison, ne s'était jamais posé davantage de questions.

Les soirées douces d'octobre et la fenêtre laissée ouverte

Cet automne-là, la chaleur a traîné bien après la rentrée, et les soirées restaient tièdes jusqu'à vingt et une heures. Nadine a pris l'habitude de laisser la fenêtre du salon basculée toute la soirée, la lampe allumée à côté du canapé. Elle trouvait ça raisonnable : pourquoi chauffer, pourquoi fermer, quand l'air du dehors fait du bien. Gérard, lui, râlait seulement contre les papillons de nuit attirés par la lumière.

Il faut dire que la lampe du salon attire beaucoup d'insectes, surtout les soirs humides qui suivent la pluie. Des moucherons tournaient autour de l'abat-jour, quelques phalènes venaient se cogner au plafond avant de repartir. Nadine les chassait du revers de la main sans y penser. Elle ne savait pas que ce petit nuage d'insectes, pour certains animaux du jardin, ressemblait à un buffet ouvert juste derrière une fenêtre.

Le soir du mardi, elle a même oublié de refermer avant d'aller se coucher, fatiguée par sa journée à la pharmacie. La fenêtre est restée basculée toute la nuit, avec le rideau qui bougeait doucement dans l'air. Elle s'en est souvenue vaguement vers minuit, puis s'est dit que ce n'était pas grave. Après tout, ils étaient au premier étage côté jardin, et aucun voleur ne passerait par là.

« Je la pousse dans le seau et je la mets sous la haie, ça prend deux secondes, laisse-moi faire. »

Un rideau trop lourd et une petite boule brune

Le lendemain matin, donc, ce poids inhabituel dans le pli du rideau. Nadine a d'abord cru à une feuille morte ou à un vieux cocon de papillon coincé dans le tissu. Puis elle a vu les oreilles minuscules, le pelage brun, les ailes repliées comme un parapluie fermé. Elle a reculé d'un pas, la main encore sur la tringle, sans oser bouger davantage. La bête ne réagissait pas du tout.

Elle a appelé Gérard, qui finissait son café dans la cuisine en écoutant la météo. Il est arrivé en pantoufles, a regardé, puis a lâché un juron à voix basse. Pour lui, c'était simple : une chauve-souris dans la maison, ça porte des maladies, ça se chasse. Il est reparti aussitôt et revenu avec le balai du cellier, décidé à la faire tomber et à la jeter dehors.

Je la pousse dans le seau et je la mets sous la haie, ça prend deux secondes, a-t-il dit en levant déjà le manche. Nadine s'est interposée, sans trop savoir pourquoi, sinon que l'animal semblait tellement petit et fragile. Elle lui a demandé d'attendre cinq minutes, le temps de se renseigner un peu. Gérard a soupiré, posé le balai contre le mur, et s'est assis sur l'accoudoir, bras croisés.

Des recherches confuses et un coup de fil hésitant

Nadine a pris son téléphone et tapé quelques mots sur internet, assise au bord du canapé. Les résultats partaient dans tous les sens, entre des forums alarmistes et des conseils contradictoires. Certains parlaient de gants épais, d'autres de boîtes en carton, d'autres encore de produits répulsifs vendus en magasin. Elle commençait à s'agacer, et Gérard répétait qu'avec le balai, au moins, l'affaire serait réglée.

Elle a fini par appeler sa collègue Sandrine, qui fait partie d'une association de protection de la nature dans l'Ain. Sandrine a répondu au troisième coup, encore en voiture sur la route du travail. Elle a écouté, puis elle a ri doucement, sans moquerie. Surtout, ne la touche pas à mains nues et ne la fais pas tomber, a-t-elle dit, c'est sûrement une jeune qui s'est perdue.

Gérard, qui entendait la conversation sur haut-parleur, a protesté que ça ne changeait rien au problème. Il voulait savoir combien de temps elle allait rester là, et s'il n'y en avait pas d'autres cachées dans le grenier. Nadine a alors pensé à toutes les soirées de fenêtre ouverte, et elle a eu un doute. Combien d'autres avaient pu entrer sans qu'ils le remarquent, pendant qu'elle lisait tranquillement sous la lampe.

« Surtout, ne la touche pas à mains nues et ne la fais pas tomber, c'est sûrement une jeune qui s'est perdue. »

Ce n'était ni une invasion ni une bête malade

Sandrine leur a expliqué que c'était une situation classique en début d'automne, presque une saison en soi. Les jeunes chauves-souris nées au printemps commencent à explorer, et il arrive souvent qu'elles entrent dans les maisons par erreur. Une fenêtre ouverte, une lampe qui attire les insectes, et la petite suit ses proies sans comprendre où elle va. Au matin, elle s'accroche au premier endroit sombre venu, souvent un rideau.

Elle a ajouté un point qui a fait taire Gérard pour de bon : en France, toutes les espèces de chauves-souris sont protégées. Il est interdit de les tuer, de les blesser, de les capturer ou de les déranger volontairement. Le coup de balai qu'il préparait aurait donc pu lui valoir de vrais ennuis, en plus de briser une bête minuscule. Gérard a regardé le manche contre le mur, un peu gêné.

Franchement, je croyais bien faire, je pensais protéger la maison, a-t-il murmuré en se grattant la nuque. Sandrine a précisé qu'une seule bête dans un rideau ne signifiait pas une colonie dans les combles. Elle a conseillé de laisser la chauve-souris tranquille toute la journée, pièce au calme, sans lumière forte. Le soir, au crépuscule, il suffirait d'ouvrir grand la fenêtre et d'éteindre, pour qu'elle reparte d'elle-même.

Le soir venu, une fenêtre grande ouverte sur le noyer

Toute la journée, Nadine a fermé la porte du salon et tiré à moitié les volets, comme on veille un malade. Gérard est passé deux fois jeter un œil, en silence, et la petite n'avait pas bougé d'un millimètre. Vers dix-neuf heures, quand le ciel a viré au violet derrière le noyer, ils ont éteint toutes les lampes. Puis ils ont ouvert la fenêtre en grand et se sont assis dans le noir.

Il a fallu attendre une vingtaine de minutes, et soyons honnêtes, ils ont tous les deux failli abandonner. Puis un léger froissement, un battement d'ailes presque imperceptible, et une ombre a traversé la pièce vers le jardin. Elle est partie comme une flèche, j'ai à peine eu le temps de la voir, raconte Nadine en souriant encore. Gérard, lui, a refermé la fenêtre et rangé le balai au cellier.

Depuis, Nadine ferme la fenêtre dès qu'elle allume la lampe, ou elle pose une moustiquaire achetée onze euros au magasin de bricolage. Le couple a noté le numéro du réseau SOS Chauves-souris, joignable dans chaque région pour ce genre de situation. Gérard regarde maintenant les ombres autour du lampadaire avec une autre curiosité. Il dit qu'il n'aurait jamais imaginé qu'une bête aussi petite lui apprenne quelque chose sur sa propre maison.

« Franchement, je croyais bien faire, je pensais protéger la maison, je ne savais même pas qu'elles étaient protégées. »

  • Ne jamais toucher une chauve-souris à mains nues : utiliser des gants épais ou un linge si un geste est vraiment nécessaire.
  • Laisser l'animal au calme dans la journée, pièce fermée, sans lumière forte ni bruit.
  • Au crépuscule, éteindre les lumières et ouvrir grand la fenêtre pour qu'elle reparte seule.
  • Ne pas la chasser au balai ni lui nuire : toutes les espèces sont protégées en France.
  • En cas de doute, d'animal blessé ou au sol, contacter le réseau SOS Chauves-souris de sa région.
  • Le soir en automne, fermer les fenêtres quand une lampe est allumée ou poser une moustiquaire.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

Articles: 496