Elle remonte son volet roulant un matin d’octobre près de Bourges : une chauve-souris dort collée contre la fenêtre, son mari tient déjà le balai

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Il était huit heures moins le quart, la cafetière finissait de siffler dans la cuisine. Sylvie a appuyé sur l'interrupteur du volet roulant de la chambre, le moteur a grincé, puis s'est arrêté net à mi-course. Entre la lame d'aluminium et la vitre, une petite forme brune, pas plus grosse qu'un pouce, s'était recroquevillée. Elle a reculé d'un pas, la main sur la bouche.

Une maison de lotissement tranquille, à dix minutes de Bourges

Sylvie a cinquante-huit ans et travaille à mi-temps dans une pharmacie du centre de Bourges. Avec Gérard, son mari, elle habite depuis vingt-deux ans une maison de plain-pied à Saint-Doulchard. Le jardin donne sur un champ, avec une haie de charmes et un vieux noyer que personne n'ose tailler. Les soirs d'été, ils dînent dehors en regardant passer des ombres rapides au-dessus des lampadaires de la rue.

Ces ombres, ils n'y avaient jamais vraiment prêté attention. Des oiseaux, pensait Gérard, peut-être des martinets qui chassaient tard. Lui est retraité de la SNCF depuis trois ans et s'occupe de tout ce qui se répare dans la maison. Il a installé lui-même les volets roulants électriques il y a dix ans, pour remplacer les anciens battants en bois qui gonflaient à chaque pluie. Il en est assez fier, il faut bien le dire.

Le matin, leur routine ne varie guère. Gérard sort le chien, Sylvie ouvre les volets pièce par pièce et prépare le café. En octobre, la lumière arrive tard sur le lotissement, et l'air sent déjà les feuilles mouillées. Ce jeudi-là ressemblait à tous les autres jeudis, jusqu'à ce que le volet de la chambre refuse de monter plus haut et que Sylvie aperçoive cette chose immobile collée contre le verre.

Gérard décide de régler l'affaire avant le soir

Sylvie a appelé son mari depuis la fenêtre, d'une voix plus aiguë que d'habitude. Gérard est arrivé avec le chien encore en laisse et s'est penché pour regarder. Une chauve-souris, a-t-il dit tout de suite, les ailes repliées comme un parapluie fermé. Elle ne bougeait pas, on aurait pu la croire morte. Le chien grognait doucement, Sylvie lui a demandé de le sortir de la pièce.

Pour Gérard, la décision était simple et raisonnable. Une bête sauvage dans le coffre d'un volet, c'était un risque pour le mécanisme, et peut-être pour la santé. Il avait entendu parler de maladies, sans savoir lesquelles. Il voulait surtout éviter qu'elle s'installe, qu'elle fasse venir ses semblables, qu'on se retrouve avec une colonie entière au-dessus de la tête de lit.

Il est donc allé chercher le balai dans le garage, celui à manche long qui sert pour les toiles d'araignée. On va la faire partir avant la nuit, sinon elle rentre dans le coffre et on ne la sort plus, a-t-il expliqué. Sylvie a hoché la tête. Sur le moment, ça lui semblait du bon sens, et elle n'avait aucune envie de dormir à côté de cette petite chose brune.

« On va la faire partir avant la nuit, sinon elle rentre dans le coffre et on ne la sort plus. »

Un détail qui arrête le balai à quelques centimètres

Gérard a ouvert la fenêtre, levé le balai, puis il a hésité. De près, l'animal paraissait minuscule, presque fragile, avec un museau fin et de petites oreilles pointues. Son ventre se soulevait très lentement, à peine visible. Elle respire, a murmuré Sylvie, elle dort, en fait. Gérard a abaissé le balai sans trop savoir pourquoi, gêné de frapper quelque chose d'aussi petit et d'aussi calme.

Il y avait autre chose qui ne collait pas. La chauve-souris était seule, sans aucune trace de déjections sous la fenêtre, sans odeur particulière. Rien qui ressemblait à l'invasion que Gérard imaginait. Sylvie a remarqué aussi que le rebord était sec et propre, comme si l'animal venait tout juste d'arriver. Elle a pris une photo avec son téléphone, en zoomant, pour la montrer plus tard à quelqu'un.

Ils ont refermé la fenêtre et sont allés boire leur café, refroidi entre-temps. Gérard répétait qu'il faudrait bien s'en débarrasser, que ce n'était pas sa place. Sylvie, elle, pensait à une collègue de la pharmacie qui parlait parfois de nichoirs et d'insectes. Elle lui a envoyé la photo avec un simple message : on fait quoi avec ça, mon mari veut la déloger au balai.

Des recherches confuses et un premier appel qui ne mène nulle part

La réponse n'est pas venue tout de suite, et Gérard s'est mis à chercher sur internet. Il est tombé sur des sites d'entreprises de désinsectisation qui proposaient des interventions rapides, avec des tarifs à plus de cent euros. Il a appelé l'une d'elles, basée à Vierzon. La personne au bout du fil a été évasive, a parlé de produits répulsifs et de passage la semaine suivante.

Soyons honnêtes, Gérard commençait à s'énerver. Il voulait une solution le jour même, pas un devis. Il a essayé de tapoter la vitre de l'intérieur pour faire bouger l'animal, sans résultat. Sylvie lui a demandé d'arrêter, elle trouvait que ça ressemblait à de l'acharnement. On la laisse tranquille deux heures, le temps que Nadia me réponde, a-t-elle dit, et ensuite on verra.

Vers midi, le téléphone a vibré sur la table de la cuisine. Nadia, la collègue, avait écrit un long message. Surtout ne la touchez pas et ne faites rien au balai, c'est une espèce protégée, appelez SOS chauves-souris. Elle avait joint un numéro régional et quelques lignes sur une association naturaliste du Centre-Val de Loire. Gérard a lu par-dessus l'épaule de sa femme, l'air sceptique.

« Elle respire, regarde, elle dort, en fait, elle ne nous fait rien du tout. »

Ce n'était ni une colonie ni un animal malade

Sylvie a appelé en début d'après-midi. Un bénévole, Thomas, a décroché et lui a demandé de décrire la scène, puis d'envoyer la photo. Il a reconnu une pipistrelle, la plus commune des chauves-souris en France. En octobre, c'est très classique, a-t-il expliqué calmement, elles cherchent un abri de transition entre leur gîte d'été et leur gîte d'hiver, et elles repartent toutes seules.

Ce que Gérard prenait pour une installation n'était qu'une halte de quelques jours, parfois une seule nuit. Thomas a précisé un point qui a fait taire le salon. Toutes les espèces de chauves-souris sont protégées en France par l'arrêté du 23 avril 2007. Il est interdit de les tuer, de les capturer, mais aussi de les perturber volontairement. Un coup de balai, dans ce cadre, n'avait rien d'anodin.

Gérard a demandé ce qu'il fallait faire, alors. Rien, a répondu Thomas, simplement laisser le volet tel quel et ne pas allumer de lumière forte dirigée sur elle. Le soir venu, elle s'envolerait pour chasser, peut-être pour ne plus revenir. Elle mange des centaines de moustiques chaque nuit, vous savez, c'est plutôt une bonne nouvelle de l'avoir chez vous, a-t-il ajouté. Le conseil était gratuit.

Le soir tombe sur le lotissement, et le volet reste immobile

Ce soir-là, Gérard a rangé le balai dans le garage sans dire un mot. Vers dix-neuf heures trente, Sylvie s'est assise dans la chambre, lumière éteinte, à regarder la fenêtre. La petite forme s'est étirée, a déplié ses ailes, puis a disparu d'un coup dans le noir. On connaît tous ce moment où l'on se sent un peu bête d'avoir eu peur.

Le lendemain matin, elle était revenue au même endroit. Le surlendemain aussi. Puis, au quatrième jour, le rebord était vide. Gérard a reconnu qu'il aurait pu faire une vraie bêtise, et que cela lui aurait coûté plus cher qu'une intervention inutile. Il a même parlé d'installer un gîte en bois sous le toit du garage, comme le lui avait suggéré Thomas au téléphone.

Le couple n'a rien dépensé, pas un euro. Sylvie a gardé la photo dans son téléphone et la montre volontiers aux clientes de la pharmacie. Elle raconte que la meilleure décision de la journée a été de ne rien faire. Avant de remonter un volet en automne, elle jette désormais un œil derrière les lames, et laisse le moteur au repos si quelqu'un y dort encore.

« En octobre c'est très classique, elles cherchent un abri de passage et elles repartent toutes seules. »

  • Ne touchez jamais une chauve-souris à mains nues et n'utilisez ni balai ni produit répulsif.
  • Toutes les espèces sont protégées depuis l'arrêté du 23 avril 2007 : les perturber est interdit.
  • En octobre, laissez le volet immobile : l'animal occupe un gîte de transition et repart seul.
  • Évitez d'éclairer directement l'endroit où elle s'abrite, surtout à la tombée de la nuit.
  • Contactez le réseau SOS chauves-souris de votre région : le conseil est gratuit.
  • Vérifiez derrière les lames avant de remonter un volet roulant à l'automne.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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