Il donne à une collègue un chaton né dans sa grange près de Vesoul : une semaine plus tard, elle revient en parlant d’une puce électronique

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Il était sept heures moins le quart, et la porte de la grange grinçait comme chaque matin sur ses gonds rouillés. Gérard posa la gamelle de croquettes sur la dalle froide, près des bottes de paille. Dans le coin, sous une vieille bâche verte, quatre petites têtes se sont redressées en même temps. La chatte tigrée l'observait sans bouger, les yeux mi-clos.

Une chatte tigrée, une grange et quatre chatons sous la bâche

Gérard a cinquante-huit ans et travaille depuis trente ans dans une entreprise de menuiserie de la zone industrielle de Vesoul. Il habite une ancienne ferme à quelques kilomètres, dans un village où l'on se salue encore depuis les tracteurs. La grange ne sert plus qu'à ranger le bois, la tondeuse et quelques outils hérités de son père. Les chats y vont et viennent depuis toujours, sans que personne ne se demande vraiment à qui ils appartiennent.

La chatte tigrée est arrivée il y a deux ans, maigre, un jour de grand vent. Martine, la femme de Gérard, lui a donné du lait, puis des croquettes, puis un prénom : Biscotte. Elle ne rentre jamais dans la maison, mais elle attend chaque matin devant la porte de la grange. Pour le couple, elle fait partie du décor, comme le noyer de la cour ou le vieux banc de pierre.

Au printemps, Biscotte a pris du ventre, et personne n'a été vraiment surpris. Un soir de mai, Martine a entendu des petits miaulements aigus sous la bâche verte. Quatre chatons, deux tigrés, un noir et un roux aux yeux encore fermés. Gérard a souri en les voyant, avec cette tendresse un peu gauche des hommes qui ne disent pas grand-chose. On verra bien, a-t-il dit, il y aura toujours quelqu'un pour les prendre.

Un chaton roux promis à la pause café de l'atelier

Les semaines ont passé, et les chatons ont commencé à sortir de leur cachette pour explorer la grange. Ils grimpaient sur les bûches, se battaient avec les ficelles des bottes de paille, tombaient et recommençaient. Martine prenait des photos qu'elle envoyait à ses sœurs, et Gérard en montrait quelques-unes à l'atelier. C'est là, devant la machine à café, que Sandrine s'est approchée, son gobelet à la main, le regard soudain attendri.

Sandrine a trente-quatre ans, elle travaille au service commandes et vient de s'installer dans une maison avec jardin. Ses deux enfants réclament un chat depuis des mois, et elle cherchait justement une occasion. Le petit roux lui a plu tout de suite, avec sa tache blanche sur le museau. Gérard n'a pas hésité une seconde, ravi de savoir l'un des chatons placé chez quelqu'un de confiance, presque de la famille.

Je ne vais pas te le vendre, quand même, a-t-il dit en riant, c'est un chat de grange. Pour lui, l'affaire était simple : on donne, on rend service, on ne fait pas de papiers entre collègues. Soyons honnêtes, à la campagne, c'est ainsi que les chatons ont toujours circulé, d'une ferme à l'autre, dans un carton. Rendez-vous a été pris pour le samedi suivant, quand le petit roux aurait un peu plus de deux mois.

« Je ne vais pas te le vendre, quand même, c'est un chat de grange, on ne fait pas de papiers entre nous. »

Le carton, le jouet en plumes et la remarque du vétérinaire

Le samedi matin, Sandrine est arrivée avec ses deux enfants et un carton percé de trous. Les petits ont couru jusqu'à la grange, et Martine leur a montré comment prendre le chaton sans le serrer. Le roux s'est laissé faire, à peine inquiet, tandis que Biscotte observait la scène depuis une poutre. Gérard a glissé dans un sac un paquet de croquettes et un jouet en plumes acheté la veille au supermarché.

Avant de partir, Sandrine a demandé, presque en passant, s'il avait été vu par un vétérinaire. Gérard a haussé les épaules, un peu surpris par la question. Il a répondu que les chatons étaient en pleine forme et que leur mère n'avait jamais été malade. Sandrine n'a pas insisté, elle a juste dit qu'elle prendrait rendez-vous pour les vaccins. La voiture est repartie dans la poussière du chemin, les enfants penchés sur le carton.

Le lundi, à l'atelier, Sandrine a raconté que le chaton dormait déjà sur le canapé, entre les deux enfants. Elle a ajouté une phrase que Gérard n'a pas vraiment écoutée, quelque chose sur le vétérinaire et une histoire de puce. Il a pensé aux puces des chats, les vraies, celles qui sautent, et il a proposé un produit qu'il avait à la maison. Sandrine a souri, un peu gênée, et la conversation s'est arrêtée là, devant la machine à café.

Une semaine plus tard, Sandrine revient avec un papier

Le lundi suivant, Sandrine l'attendait à l'entrée du vestiaire, une enveloppe à la main. Elle avait les joues rouges et parlait plus bas que d'habitude, comme si elle allait lui annoncer une mauvaise nouvelle. Le vétérinaire avait vacciné le chaton, mais il avait refusé de faire l'identification à son nom à elle. Il lui avait expliqué que le chat devait d'abord être pucé au nom de la personne qui le donnait.

Gérard n'a pas compris tout de suite, il a cru qu'on parlait d'une simple formalité de clinique. Je lui ai donné un chat, je ne lui ai pas vendu une voiture, a-t-il dit à Martine le soir même. Il a appelé le cabinet de Vesoul, puis un ami éleveur de lapins qui connaissait, disait-il, les règles. L'ami a juré qu'entre particuliers, sans argent, il n'y avait rien à faire. Le cabinet, lui, n'a pas répondu avant la fermeture.

Le soir, Martine a cherché sur l'ordinateur de la cuisine, ses lunettes sur le bout du nez. Elle a trouvé des forums, des témoignages contradictoires, des gens furieux et d'autres très sûrs d'eux. Certains parlaient d'amendes, d'autres affirmaient que personne ne contrôlait jamais rien à la campagne. Gérard tournait en rond entre la table et la fenêtre, regardant la grange dans la nuit. Il a fini par dire qu'il irait voir le vétérinaire lui-même, le mercredi.

« Le vétérinaire m'a dit que c'était à toi de le faire pucer avant, je ne savais pas comment te le dire. »

Ce que le vétérinaire de Vesoul lui a expliqué au comptoir

Le mercredi, Gérard a posé une demi-journée et s'est présenté au cabinet, les mains dans les poches de sa veste. La vétérinaire, une femme d'une quarantaine d'années, l'a reçu entre deux consultations. Elle lui a expliqué, sans agacement, que la règle valait pour tous les chats, qu'ils soient vendus ou donnés. Avant de changer de mains, l'animal doit être identifié par une puce ou un tatouage, et enregistré au nom de celui qui le cède.

Elle a précisé que ce n'était ni une lubie de clinique ni une affaire d'éleveurs professionnels. Le fichier national, l'I-CAD, doit permettre de retrouver qui a fait naître ou détenu l'animal en premier. Le don doit aussi s'accompagner d'un certificat vétérinaire, et l'animal doit avoir au moins huit semaines. Sans tout cela, m'a-t-elle dit, c'est moi qui suis en tort, pas Sandrine, a raconté Gérard le soir. Elle avait parlé d'une amende pouvant aller jusqu'à 750 euros.

Gérard est resté un moment silencieux devant le comptoir, à regarder les sacs de croquettes alignés. Il pensait aux chatons de son enfance, donnés dans des paniers à la sortie de la messe. La vétérinaire lui a proposé une solution simple : récupérer le chaton quelques minutes, l'identifier à son nom, puis faire la cession. Le rendez-vous a été fixé pour le samedi, avec Sandrine et le petit roux dans son carton. Il est reparti en se sentant un peu bête, mais soulagé.

Trois chatons restants, une facture et une autre façon de donner

Le samedi, Sandrine est venue avec le chaton, qui avait déjà grossi et ne voulait plus rester dans son carton. La puce a été posée en quelques secondes, sous la peau du cou, sans un miaulement. Gérard a signé les papiers, puis la carte d'identification a été transférée au nom de Sandrine. Les enfants ont choisi le prénom officiel : Caramel. Le tout a coûté un peu plus de soixante euros, certificat compris, que Gérard a tenu à payer.

Restaient les trois autres chatons dans la grange, et surtout Biscotte, qui n'avait jamais vu de vétérinaire. Martine a fait les comptes à la table de la cuisine, avec le calendrier des portées futures en tête. Ils ont décidé de faire identifier les trois petits avant de les proposer, puis de faire stériliser Biscotte. On connaît tous ça, ces chattes de ferme qui font deux portées par an. On aimait bien les chats, on ne s'en occupait pas vraiment, a reconnu Martine.

À l'atelier, l'histoire a fait le tour de la machine à café, et deux collègues ont avoué avoir donné des chatons sans rien savoir. Gérard ne fait pas la leçon, mais il raconte Caramel à qui veut l'entendre. Les deux tigrés ont trouvé preneur chez un voisin, pucés et vaccinés, et le noir reste à la ferme. Biscotte attend toujours devant la grange, chaque matin à sept heures moins le quart. Elle ne fera plus de portée sous la bâche verte.

« Sans la puce à mon nom, c'est moi qui suis en tort, pas elle, et je l'ai découvert au comptoir. »

  • Faire identifier le chaton par puce ou tatouage au nom du cédant avant tout don ou vente.
  • Attendre que le chaton ait au moins huit semaines avant de le confier à quelqu'un.
  • Demander un certificat vétérinaire à remettre au nouveau propriétaire lors de la cession.
  • Vérifier que le transfert de propriété est bien enregistré dans le fichier national I-CAD.
  • Prévoir une soixantaine d'euros environ pour l'identification, selon les tarifs du vétérinaire.
  • Penser à faire stériliser la mère pour éviter des portées répétées dans la grange.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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