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Lundi, cinq heures du matin, dans une longère de Plougastel-Daoulas. La cuisine est noire, le frigo ronronne, la pluie tapote le velux. Puis un aboiement sec, un seul, suivi du raclement d'une gamelle en inox poussée sur le carrelage. Yannick ouvre un œil, attrape son téléphone sur la table de nuit et lit l'écran sans y croire. Fanch, son épagneul breton, réclame son petit déjeuner.
Une longère, un épagneul et des matins réglés comme une horloge
Yannick a cinquante-huit ans et il a passé trente ans à l'arsenal de Brest, dans les ateliers de maintenance. Depuis sa retraite, il vit avec Annick dans une longère en pierre, à deux kilomètres de la rade. Le jardin descend vers un petit bois de châtaigniers où l'on entend, certains soirs, les chevreuils traverser. C'est là que Fanch a grandi, un épagneul breton orange et blanc, arrivé chez eux à dix semaines, il y a maintenant six ans. Il a les oreilles qui volent quand il court et un appétit qui ne faiblit jamais.
Leur vie tient dans une routine que personne n'a jamais vraiment décidée. Yannick se lève à six heures et demie, met la cafetière en route et verse les croquettes dans la gamelle posée près de la porte-fenêtre. Fanch mange en quatre minutes, puis attend devant la porte, la queue battant contre le placard. À sept heures, ils partent tous les deux sur le chemin côtier, par tous les temps. Le soir, la promenade revient vers dix-huit heures, la gamelle aussi, et le chien s'endort ensuite devant le poêle.
Annick se moque souvent de cette précision. Elle dit que le chien pourrait remplacer le réveil de la cuisine, qu'il sait l'heure mieux que la radio. Yannick hausse les épaules, mais il en est un peu fier. Il n'a jamais eu besoin de punir ni de crier, Fanch est un chien facile, joyeux, qui ne réclame rien hors des heures prévues. Les voisins le connaissent, les enfants du lotissement l'appellent par son nom quand il passe. Pour Yannick, c'est simple : un chien bien réglé, c'est un maître tranquille, et une maison qui respire.
Le dimanche du changement d'heure, il recule tout sans hésiter
Le samedi 24 octobre au soir, Yannick fait ce qu'il fait chaque automne. Il passe dans toutes les pièces, un tournevis dans la poche pour la vieille pendule du salon. Il recule le four, le micro-ondes, la radio de la salle de bains, l'horloge de la voiture et même le petit réveil d'Annick. Le téléphone, lui, s'occupe de tout seul, et c'est presque un soulagement. Dimanche 25 octobre, la maison entière vit à l'heure d'hiver, avec cette heure de sommeil gagnée que tout le monde attend depuis des semaines.
Le dimanche se passe bien, justement parce que personne ne regarde vraiment l'heure. On traîne au lit, on déjeune tard chez la sœur d'Annick à Daoulas, on rentre à la tombée du jour. Yannick donne la gamelle du soir un peu au hasard, quand Fanch vient poser sa truffe sur son genou. Il ne se pose aucune question. Pour lui, l'affaire est réglée : les horloges ont changé, les humains ont changé, le chien suivra. Il a toujours suivi, après tout, les vacances, les invités, les déménagements de meubles.
Il faut dire que Yannick a de bonnes raisons de penser ainsi. Il s'est déjà habitué au changement d'heure des dizaines de fois sans y penser. Fanch aussi, croit-il, même s'il ne se souvient pas vraiment des automnes précédents. Les années d'avant, il travaillait encore et le chien restait parfois chez Annick, ou dormait plus tard. Cette année, pour la première fois, ils sont deux retraités et un chien, tous seuls face au calendrier. Personne ne lui a jamais dit qu'un animal pouvait vivre à une autre heure que la sienne.
« Je me suis dit qu'il devenait capricieux en vieillissant, qu'on l'avait trop gâté, et en fait il avait juste faim à la bonne heure. »
Cinq heures du matin, un aboiement et une gamelle qui racle
Le lundi, l'aboiement tombe donc à cinq heures et demie selon l'écran du téléphone. Yannick reste allongé un moment, persuadé d'avoir rêvé, puis le raclement de la gamelle reprend, plus insistant. Il descend en pyjama, les pieds froids sur les tomettes, et trouve Fanch assis bien droit devant son bol vide. Le chien ne gémit pas, il ne semble pas malade, il regarde simplement son maître avec l'air de quelqu'un qui attend son dû. Dehors, il fait encore nuit noire et la pluie n'a pas cessé.
Yannick grogne quelque chose, lui dit de se recoucher, et remonte. Il entend encore deux ou trois aboiements, puis le silence, puis le cliquetis des griffes sur le carrelage pendant de longues minutes. À six heures et demie, l'heure officielle du petit déjeuner, Fanch dévore ses croquettes comme s'il n'avait rien mangé depuis des jours. Annick, au café, rit de l'histoire. Elle dit que le chien a dû entendre un renard, ou un chat du voisinage qui rôdait près des poubelles. Yannick veut bien la croire, ça arrive, en lisière du bois.
Le mardi, pourtant, la même scène recommence presque à la minute. Cinq heures et demie, un aboiement, la gamelle poussée contre la plinthe. Le mercredi aussi. Yannick commence à compter et il remarque une chose qui l'agace sans qu'il sache pourquoi. Le soir, Fanch s'agite près de la porte-fenêtre bien avant dix-sept heures, tourne en rond, soupire bruyamment. Je me suis dit qu'il devenait capricieux en vieillissant, raconte-t-il, qu'on l'avait trop gâté. Il n'a que six ans, mais l'idée d'un chien qui se dérègle s'installe doucement dans sa tête.
Tout ce qu'il tente pour le faire taire échoue
Yannick essaie d'abord la fermeté. Il ne descend plus, laisse aboyer, se retourne sous la couette en serrant les dents. Mais une longère n'a pas de grande isolation entre les étages, et Annick ne dort plus non plus. Le jeudi, il essaie l'inverse : il descend à cinq heures et demie, donne la gamelle, et se recouche. Fanch est ravi, la maison redevient silencieuse, mais Yannick sait bien qu'il vient de céder. Le vendredi, le chien aboie à cinq heures vingt, comme pour vérifier que la nouvelle règle tient.
Il appelle alors son fils Erwan, qui vit à Rennes et a toujours eu des chiens. Erwan parle de l'ennui, conseille un jouet à mâcher, propose de fatiguer davantage Fanch le soir. Yannick rallonge la promenade, va jusqu'à la pointe de l'Armorique sous le vent. Le chien rentre épuisé, trempé, ronfle devant le poêle, et aboie quand même le lendemain avant l'aube. Annick suggère de déplacer la gamelle hors de sa vue, dans le cellier. Fanch s'assoit alors devant la porte du cellier, exactement à la même heure.
Au bout d'une semaine, la fatigue s'installe dans la maison. Yannick s'énerve pour rien, Annick fait la sieste l'après-midi, et le chien lui-même paraît un peu perdu, collé aux jambes de ses maîtres. On connaît tous ça, ces petits dérèglements qu'on finit par croire définitifs. Yannick se demande si Fanch n'a pas mal quelque part, s'il ne souffre pas d'une faim anormale ou d'un problème de digestion. Il prend rendez-vous chez la vétérinaire de Plougastel pour le samedi matin, un peu honteux de déranger quelqu'un pour quelques aboiements.
« Votre chien vit à son heure à lui, il n'a pas reçu le message du gouvernement, voilà tout. »
Chez la vétérinaire, la réponse tient dans un simple calcul
Le cabinet sent le désinfectant et les croquettes, un berger allemand somnole sous une chaise. Docteure Morvan, une femme d'une quarantaine d'années aux lunettes relevées sur le front, examine Fanch en écoutant Yannick raconter sa semaine. Elle palpe le ventre, regarde les dents, écoute le cœur. Tout va bien chez ce chien, dit-elle, il est en pleine forme. Puis elle demande à quelle heure les aboiements commencent, et à quelle heure il mangeait avant le dimanche 25. Yannick répond, et elle sourit avant même qu'il ait fini sa phrase.
Cinq heures et demie à l'heure d'hiver, c'est six heures et demie à l'heure d'été. Fanch n'a rien de déréglé : il réclame sa gamelle exactement quand il l'a toujours eue. La vétérinaire explique que l'horloge interne d'un chien ne lit pas les pendules. Elle se cale sur les repas, sur les promenades, sur la lumière du matin et du soir. Votre chien vit à son heure à lui, il n'a pas reçu le message du gouvernement, dit-elle en riant. Yannick reste un moment silencieux, la laisse enroulée autour du poignet.
Elle ajoute que le dimanche a tout embrouillé un peu plus, avec ses horaires flottants. Pour un chien, une heure de décalage d'un coup, c'est comme pour nous un petit voyage avec un fuseau horaire différent, sans avoir fait la valise. Certains s'adaptent en trois jours, d'autres mettent deux semaines, surtout quand ils sont très réglés. Et en donnant la gamelle à cinq heures et demie le jeudi, Yannick a confirmé au chien que son horaire était le bon. Ce n'était ni un caprice ni la vieillesse, juste un estomac fidèle à l'ancienne heure.
Dix minutes par jour, et la prochaine fois une semaine d'avance
Pour sortir de l'impasse, la vétérinaire propose une méthode toute simple. Ne plus céder à cinq heures et demie, puis décaler la gamelle et la promenade de dix à quinze minutes chaque jour vers la nouvelle heure. Le lundi suivant, Fanch mange à six heures moins le quart, le mardi à six heures, et ainsi de suite. Yannick ouvre les volets dès le repas, pour que la lumière du matin accompagne le mouvement. En cinq jours, les aboiements avant l'aube s'arrêtent, et le chien retrouve son calme devant le poêle le soir.
Mais le vrai conseil, Yannick l'a noté dans le calendrier de la cuisine, au feutre rouge. La prochaine fois, il commencera une semaine avant le changement d'heure, en décalant tout de dix à quinze minutes par jour. Le jour où les pendules bougent, le chien sera déjà arrivé. Ça ne coûte rien, à part un peu d'attention, explique-t-il aujourd'hui aux voisins qui promènent leurs chiens sur le chemin côtier. La consultation, elle, lui a coûté une cinquantaine d'euros, et une semaine de nuits blanches qu'il aurait pu éviter.
Soyons honnêtes, Yannick en rit maintenant, mais il a vraiment cru que son chien tombait malade. Il regarde Fanch autrement, comme un animal qui a son propre temps, réglé sur le soleil et sur le bruit des croquettes. Au printemps, quand il faudra avancer les horloges, il sait déjà que le problème sera inverse : le chien attendra sa gamelle alors que la maison sera prête. Il compte bien s'y prendre à l'avance. Annick, elle, a gardé une habitude de cette semaine-là : elle remonte le volet de la cuisine dès le café.
« Ça ne coûte rien de s'y prendre une semaine avant, à part un peu d'attention le matin et le soir. »
- Commencer une semaine avant le changement d'heure, en décalant gamelle et promenade de 10 à 15 minutes par jour.
- Garder le même sens de décalage pour les deux repas et les deux sorties quotidiennes.
- Ne pas céder aux aboiements à l'ancienne heure, sous peine de confirmer l'ancien horaire au chien.
- Ouvrir les volets au moment du repas pour que la lumière accompagne le nouvel horaire.
- Si le chien semble mal en point ou affamé de façon inhabituelle, demander l'avis d'un vétérinaire.
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