Elle repasse chaque soir les tâches du lendemain jusqu’à minuit : sa collègue lui conseille un carnet et cinq minutes d’écriture

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Il est vingt-trois heures quarante, et le radiateur de la chambre émet son petit claquement métallique. Claire, 38 ans, est allongée sur le dos, les yeux ouverts dans le noir. À côté d'elle, Julien respire lentement, déjà parti. Elle, elle compte. Le dossier Ferrand, le mail au fournisseur, le rendez-vous chez le pédiatre, le pain à décongeler.

Une vie bien rangée, des journées pleines et un lit trop calme

Claire est comptable dans un cabinet de Villeurbanne depuis onze ans, et elle aime que les choses tombent juste. Elle part chaque matin à sept heures quarante, dépose Lou à l'école, puis prend le tram jusqu'au bureau. Ses collègues la surnomment gentiment la tour de contrôle, parce qu'elle n'oublie jamais une échéance. Le soir, elle rentre, prépare le dîner, vérifie les devoirs et lit une page ou deux. Vers vingt-deux heures trente, elle éteint la lumière avec le sentiment d'une journée bien tenue.

C'est ensuite que tout se complique, dans ce moment qui devrait être le plus simple de la journée. Son corps est fatigué, ses épaules lourdes, mais sa tête refuse de suivre le mouvement. Les tâches du lendemain défilent les unes après les autres, comme des fiches qu'on feuillette. Elle se répète l'ordre des appels, l'heure du rendez-vous, le document à imprimer avant la réunion. Quand elle croit avoir fini, une nouvelle chose surgit, souvent minuscule, comme la sortie scolaire à signer.

Cela dure depuis des mois, peut-être depuis la rentrée, elle ne saurait plus dire exactement. Elle s'endort rarement avant minuit, parfois plus tard, et se réveille avec la sensation d'avoir travaillé toute la nuit. Julien, lui, pose la tête sur l'oreiller et disparaît en cinq minutes. Elle l'envie un peu, sans le lui avouer. Elle s'est habituée à ce rituel, comme on s'habitue à un robinet qui goutte. On connaît tous ça, ces nuits où le cerveau fait des heures supplémentaires sans qu'on lui ait rien demandé.

Repasser sa liste au lit, une habitude qui semblait rassurante

Au départ, Claire voyait dans cette révision nocturne une forme de sérieux, presque une qualité professionnelle. Elle s'était dit qu'en repassant tout dans sa tête, elle ne laisserait rien échapper le lendemain. Pour elle, c'était une manière de garder la main sur des journées qui débordaient de partout. Elle avait même renoncé à son carnet papier, jugé encombrant, en se persuadant que sa mémoire suffisait largement. Après tout, elle n'avait jamais raté une déclaration fiscale de client en onze ans de métier.

Il y avait aussi une raison plus intime, qu'elle n'aimait pas trop formuler à voix haute. Écrire sa liste le soir, cela voulait dire rallumer la lumière, sortir du lit, réveiller la journée qu'elle venait de fermer. Elle préférait penser dans le noir, discrètement, sans déranger Julien. Elle se racontait que c'était plus doux, plus naturel, qu'une liste mentale ne pesait rien. Elle disait souvent : je range dans ma tête, comme ça je n'ai pas besoin de papier, et c'est réglé.

Pendant un temps, cette méthode a semblé fonctionner, ou du moins ne rien abîmer de visible. Ses dossiers partaient à l'heure, ses clients étaient satisfaits, et Lou arrivait à l'école avec son goûter. Les cernes, elle les mettait sur le compte de la saison, de la lumière qui baisse en novembre. Le café de quinze heures était devenu un deuxième café, puis un troisième, sans qu'elle y prête attention. Rien de grave, pensait-elle, juste une période chargée qui finirait bien par passer d'elle-même.

« Je range dans ma tête, comme ça je n'ai pas besoin de papier, et c'est réglé. »

Un oubli au bureau, et une collègue qui pose une question

Le premier signe est arrivé un mardi de décembre, sous la forme d'un mail resté dans les brouillons. Claire avait pourtant pensé à ce message la veille au soir, au moins quatre fois, entre vingt-trois heures et minuit. Elle l'avait formulé dans sa tête, phrase par phrase, au point de croire l'avoir envoyé. Le client a rappelé, poli mais agacé, et elle a senti ses joues chauffer devant son écran. Elle a ri pour cacher sa gêne, en accusant la fatigue de fin d'année.

Nadia, sa voisine de bureau, a remarqué son trouble pendant la pause, devant la machine à café. Elle travaille au cabinet depuis trois ans, toujours un carnet à spirale posé près de son clavier. Elle a demandé à Claire si elle dormait bien, d'un ton léger, sans insister. Claire a haussé les épaules et raconté ses soirées passées à réciter ses listes dans le noir. Nadia a souri, puis lui a dit : moi, j'écris cinq minutes avant d'éteindre, et après, c'est fini, je dors.

Claire a trouvé le conseil gentil mais un peu naïf, le genre de truc qu'on lit dans les magazines. Cinq minutes, cela ne pouvait pas changer des nuits entières de rumination, pensait-elle en rentrant. Elle a classé l'idée quelque part entre la tisane et l'appli de méditation qu'elle n'ouvrait jamais. Pourtant, le soir même, en fixant le plafond à vingt-trois heures cinquante, la phrase de Nadia est revenue. Elle a même eu l'impression agaçante que cette question s'ajoutait à sa liste mentale déjà trop longue.

Tisanes, écrans éteints et mauvaise méthode pendant deux semaines

Avant d'essayer le carnet, Claire a tenté tout ce qui lui semblait plus sérieux, ou plus logique. Elle a coupé son téléphone à vingt et une heures, remplacé le dernier café par une infusion à la verveine. Elle a baissé le chauffage de la chambre, aéré dix minutes chaque soir, acheté un masque pour les yeux. Julien s'amusait de cette panoplie, mais la soutenait sans moquerie. Le résultat, soyons honnêtes, était décevant : la liste continuait de tourner, simplement dans une pièce plus fraîche.

Elle a fini par sortir un vieux cahier, presque à contrecœur, un dimanche soir. Mais au lieu de noter ce qui l'attendait le lendemain, elle a écrit ce qu'elle avait accompli dans la journée. Elle trouvait cela plus apaisant, comme un bilan positif, une petite victoire avant de dormir. Courses faites, linge plié, dossier Martin bouclé, appel à sa mère passé. Elle refermait le cahier avec satisfaction, éteignait la lampe, et attendait que le sommeil vienne la récompenser de tant d'efforts.

Le sommeil, lui, n'est pas venu plus vite, au contraire de ce qu'elle espérait. À peine la lumière éteinte, les tâches du lendemain reprenaient leur ronde habituelle, intactes, aussi bruyantes qu'avant. Au bout de deux semaines, elle a confié à Nadia que l'astuce ne marchait pas pour elle. Elle lui a dit : j'écris tous les soirs, je te jure, et je suis toujours réveillée à minuit. Nadia a voulu voir le cahier, l'a feuilleté quelques secondes, puis a froncé les sourcils avant de répondre.

« Moi, j'écris cinq minutes avant d'éteindre, et après, c'est fini, je dors. »

Ce n'était pas l'écriture qui comptait, mais ce qu'on écrit

Nadia lui a expliqué qu'elle notait l'inverse : uniquement ce qui restait à faire, jamais ce qui était déjà fini. Elle tenait cela d'une étude publiée en 2018 par des chercheurs américains, lue un jour par hasard. Des volontaires avaient passé cinq minutes à écrire avant de se coucher, les uns leur liste du lendemain, les autres ce qu'ils avaient accompli. Ceux qui avaient noté les tâches à venir s'étaient endormis plus vite. Et plus leur liste était détaillée, plus l'endormissement avait été rapide.

Claire a mis un moment à comprendre pourquoi cela changeait tout, alors que l'effort était le même. Nadia lui a parlé de ces tâches inachevées qui restent actives dans la mémoire, comme des fenêtres ouvertes sur un écran. Tant qu'elles ne sont posées nulle part, le cerveau les garde en éveil pour ne pas les perdre. Les choses terminées, elles, ne réclament rien, d'où l'inutilité de son bilan du soir. Claire a pensé à son mail oublié, répété quatre fois dans le noir sans jamais partir.

Le soir même, elle a ouvert le cahier à une page vierge et noté la journée du lendemain. Le rendez-vous chez le pédiatre à dix-sept heures, le mail au fournisseur, le pain à sortir du congélateur. Elle a écrit lentement, jusqu'aux détails idiots, la sortie scolaire à signer, la pile pour la télécommande. Puis elle a refermé le cahier et l'a posé sur la table de nuit, bien en vue. Elle se souvient s'être dit, en éteignant : bon, c'est noté, ça ne bougera pas d'ici demain.

Trois semaines plus tard, un carnet sur la table de nuit

Cette nuit-là, Claire ne s'est pas endormie en deux minutes, mais elle n'a pas vu minuit non plus. Les jours suivants, l'heure a reculé doucement, onze heures et quart, puis onze heures moins dix. Au bout de trois semaines, le rituel était installé, cinq minutes à peine, stylo bleu et cahier ouvert. Elle a remarqué que le matin, elle relisait sa liste avec moins d'appréhension qu'avant. Les tâches n'avaient pas diminué, mais elles avaient quitté son oreiller pour vivre sur le papier.

Ce changement ne lui a presque rien coûté, un cahier à trois euros et un stylo trouvé dans la cuisine. Elle a même retrouvé l'envie de lire un vrai chapitre avant d'écrire, au lieu d'une page distraite. Le troisième café de l'après-midi a disparu sans effort particulier. Julien a remarqué qu'elle ne soupirait plus dans le noir, ce qu'elle ignorait faire. Elle reste prudente, et le dit elle-même : cela marche pour elle, dans sa vie à elle, sans promesse pour tout le monde.

Au bureau, elle a fini par offrir un carnet à spirale à Nadia, pour la remercier à sa manière. Elle a aussi raconté l'histoire à deux autres collègues, qui avaient reconnu leurs propres nuits dans la sienne. Pour celles et ceux qui ruminent leurs listes au lit, Claire résume sa méthode en quelques gestes simples. Rien de spectaculaire, juste une habitude déplacée de la tête vers la feuille. Et si l'insomnie dure ou s'aggrave, elle conseille d'en parler à son médecin plutôt que de compter sur un cahier.

« J'écris tous les soirs, je te jure, et je suis toujours réveillée à minuit. »

  • Garder un carnet et un stylo sur la table de nuit, prêts à servir sans chercher.
  • Écrire cinq minutes avant d'éteindre, pas plus, pour ne pas relancer la soirée.
  • Noter les tâches du lendemain, pas le bilan de ce qui a été fait dans la journée.
  • Être précis : heures, noms, petits détails, plus la liste est détaillée, mieux c'est.
  • Relire la liste le matin plutôt que la réciter dans le noir.
  • Consulter un médecin si les difficultés d'endormissement persistent plusieurs semaines.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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