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Il est un peu plus de dix-neuf heures, ce mardi de septembre, dans la cuisine d'une longère à Theix, près de Vannes. La pluie tapote le velux, le lave-vaisselle ronronne. Sur la table en chêne, Sandrine pose une paire de ciseaux à côté d'une pipette verte. Bruno, le labrador, attend sagement. Sous la chaise, Mistigri, la chatte tigrée, observe la scène sans bouger.
Une longère bretonne, un labrador placide et une chatte qui règne
Sandrine a cinquante et un ans et travaille comme aide-soignante à l'hôpital de Vannes, souvent en horaires décalés. Elle habite cette longère avec son mari Thierry depuis douze ans, au bout d'un chemin bordé de chênes. Le jardin donne sur un champ où passent des chevreuils au petit matin. Ici, les animaux font partie du décor autant que les meubles, et personne ne s'en plaint vraiment.
Bruno, le labrador couleur sable, a huit ans et pèse un peu plus de trente kilos. Il dort devant la porte-fenêtre et suit Thierry jusqu'au potager. Mistigri, elle, est arrivée chatonne, trouvée sous un tracteur chez un voisin agriculteur. Elle a six ans, quatre kilos à peine, et elle a pris possession du radiateur de la cuisine dès le premier hiver.
Chaque automne, les puces reviennent, ramenées des haies et des fossés humides. Sandrine connaît la routine par cœur : un traitement pour le chien, un autre pour la chatte, à quelques jours d'intervalle. Elle les achète au supermarché ou en pharmacie, selon ce qu'elle trouve. Jusque-là, tout s'est toujours bien passé, et elle n'y pense pas plus qu'à changer les draps.
Une boîte pour chien et une idée d'économie qui semble raisonnable
Ce mois-ci, le budget est serré, entre la facture du garagiste et la rentrée du petit-fils qu'ils hébergent parfois. Au rayon animalerie, Sandrine a pris une boîte de pipettes pour grands chiens, en promotion. Elle a regardé le prix du traitement pour chat, posé juste à côté, et elle a hésité. Elle s'est dit qu'un antipuces restait un antipuces, quelle que soit l'image sur la boîte.
Son raisonnement tenait debout, à ses yeux. La pipette de Bruno était dosée pour un animal de trente kilos, Mistigri en faisait sept fois moins. En coupant le tube en deux, elle pensait même être prudente. Soyons honnêtes, on connaît tous ça : on bricole avec ce qu'on a, et on se dit que les fabricants exagèrent pour vendre deux produits.
Elle a d'abord traité Bruno, en écartant les poils entre ses omoplates, comme d'habitude. Puis elle a coupé la pipette d'un coup de ciseaux et récupéré le liquide restant. Mistigri s'est laissé attraper en grognant un peu. Sandrine a vidé la demi-dose sur la nuque de la chatte, puis l'a relâchée. Je me suis dit que j'avais économisé quinze euros, racontera-t-elle plus tard.
« Je me suis dit qu'un antipuces restait un antipuces, et qu'en coupant en deux, je faisais même attention. »
Un léchage insistant, puis des petits sursauts que personne ne relève
Mistigri a filé sous le buffet, puis s'est mise à se lécher frénétiquement les flancs. Sandrine n'y a pas prêté attention, puisque tous les chats détestent qu'on leur mouille le pelage. Elle a rangé les ciseaux, jeté l'emballage dans la poubelle jaune et lancé le dîner. Thierry rentrait du club de foot, les chaussures pleines de boue, et la soirée suivait son cours.
Vers vingt heures, la chatte a traversé la cuisine d'une démarche bizarre, les pattes arrière un peu raides. Elle bavait légèrement, un filet clair au coin des babines. Thierry a cru qu'elle avait avalé une herbe ou une mouche. On a même rigolé, elle avait l'air d'avoir bu, a-t-il reconnu ensuite, un peu gêné de s'en souvenir.
Puis Mistigri s'est glissée sous le radiateur, sa place favorite, et elle n'en est plus sortie. Sandrine, en débarrassant, a remarqué que le dos de la chatte tressautait par petites secousses régulières. Elle a pensé à un frisson, à un coup de froid. Le radiateur était allumé pourtant, et la pièce était chaude. Ce détail-là, elle ne l'a compris que bien plus tard.
Sous le radiateur, des tremblements qui ne s'arrêtent plus
À vingt heures trente, les secousses étaient devenues de véritables tremblements, du museau jusqu'à la queue. Sandrine s'est agenouillée sur le carrelage et a tendu la main. La chatte était brûlante, les pupilles très dilatées, et elle ne réagissait presque plus à son prénom. L'aide-soignante en elle a reconnu quelque chose d'anormal, sans pouvoir mettre un nom dessus.
Elle a d'abord appelé son vétérinaire habituel, à Séné, mais le cabinet était fermé et le répondeur renvoyait vers un numéro de garde. La ligne sonnait occupé. Thierry cherchait sur son téléphone, tapait chat qui tremble, et tombait sur des forums contradictoires parlant d'hypothermie, d'épilepsie, de vers. Personne ne parlait de pipette, et eux non plus n'y pensaient pas encore.
Au troisième essai, une vétérinaire de garde à Vannes a décroché. Elle a posé des questions précises, d'une voix calme. Est-ce que la chatte avait pu manger un produit, un appât, une plante ? Avait-elle reçu un traitement récemment ? Sandrine a répondu oui, un antipuces, il y a une heure. De l'autre côté, il y a eu un silence très court, puis une question : quel produit exactement ?
« On a rigolé au début, elle marchait comme si elle avait bu, on n'a rien vu venir. »
Dans la poubelle jaune, un mot écrit en tout petit
Thierry a fouillé la poubelle de tri et retrouvé la boîte froissée sous un carton de lait. La vétérinaire lui a demandé de lire la composition à voix haute. Au milieu des lignes serrées, il a trouvé le mot perméthrine. Plus bas, en caractères minuscules, un avertissement : ne pas utiliser chez le chat. Un petit pictogramme de chat barré, que personne n'avait regardé au rayon.
La vétérinaire leur a expliqué que cette molécule, très utilisée contre les puces et les tiques chez le chien, est particulièrement mal supportée par les chats. Leur foie ne dispose pas de l'outil nécessaire pour la dégrader correctement. Le produit s'accumule alors et atteint le système nerveux. Même une demi-pipette, même un contact rapproché avec un chien fraîchement traité, peut suffire à provoquer ces symptômes.
Ce n'était donc ni une allergie, ni un coup de froid, ni une crise d'épilepsie. C'était un empoisonnement, administré avec les meilleures intentions du monde. Il faut la laver tout de suite, au liquide vaisselle doux et à l'eau tiède, puis venir, a dit la vétérinaire. Sandrine a raccroché, les mains tremblantes à leur tour, et a rempli l'évier de la cuisine.
Trois jours de clinique et une habitude qui change pour de bon
Le rinçage a duré de longues minutes, Thierry tenant la chatte enroulée dans une serviette pendant que Sandrine frottait la nuque. Ils l'ont séchée, gardée au chaud, puis ont roulé jusqu'à la clinique de garde. Mistigri y est restée trois jours, sous perfusion, avec des médicaments pour calmer les tremblements. La note s'est élevée à un peu plus de six cents euros.
Sur le chemin du retour, Sandrine ne cessait de penser aux quinze euros économisés. Elle s'en veut encore, même si la vétérinaire lui a assuré que c'est une erreur très fréquente, surtout dans les foyers où chiens et chats cohabitent. Depuis, elle range les produits de Bruno dans un placard à part. Elle sépare aussi les deux animaux pendant une journée après chaque traitement du chien.
Mistigri a retrouvé son radiateur, un peu amaigrie mais vive. Sandrine, elle, lit désormais chaque boîte, chaque notice, avant même de passer à la caisse. Elle en parle à ses collègues, à sa sœur, aux voisins qui ont aussi un chien et un chat. Ce sont des gestes simples, dit-elle, mais il faut les connaître avant que l'animal ne tremble sous un meuble.
« Le mot était écrit tout petit, perméthrine, et juste en dessous, ne pas utiliser chez le chat. »
- Lire la composition de tout antiparasitaire et chercher le mot perméthrine avant de l'utiliser.
- Ne jamais appliquer sur un chat un produit conçu pour chien, même en coupant la dose.
- Séparer chat et chien pendant au moins une journée après le traitement du chien.
- En cas d'erreur, laver le chat sans attendre à l'eau tiède avec un savon doux.
- Garder la boîte du produit et appeler un vétérinaire ou une garde dès les premiers tremblements.
- Ranger les traitements du chien à part, loin de ceux du chat.
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