Il rentre du bureau à 17 heures dans le noir depuis octobre : chaque après-midi, une fatigue lourde qui n’a rien à voir avec son travail

Lu 3 fois

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

La cafetière de l'étage gargouillait encore quand Julien a levé les yeux de son écran. Il était 16 h 40, un mardi de novembre, et la fenêtre derrière lui avait déjà viré au bleu sombre. Dans l'open space, quelqu'un a allumé les néons d'un geste sec. Julien s'est frotté les paupières, a soupiré, et a refermé un mail auquel il n'avait plus la force de répondre.

Un comptable tranquille qui aimait ses après-midi au bureau

Julien a 41 ans et travaille depuis neuf ans dans un cabinet comptable du quartier de la Part-Dieu, à Lyon. Il connaît chaque recoin de son étage, la machine à café capricieuse, le radiateur qui claque vers dix heures. Ses collègues le décrivent comme quelqu'un de calme, toujours prêt à rendre service. Il arrive à 8 h 30, part vers 17 h 30, et rentre à vélo par les quais. Une vie réglée, sans grande surprise, qui lui convient très bien depuis longtemps.

Le matin, il a ses habitudes. Il se lève à 7 heures, boit un café debout dans la cuisine encore éteinte, puis descend au garage chercher son vélo. Sa compagne, Claire, part plus tôt que lui, car elle est infirmière dans une clinique de Villeurbanne. Leur fille de onze ans prend le bus scolaire au coin de la rue. Le soir, la famille se retrouve autour de la table vers 19 h 30, et Julien raconte volontiers sa journée en épluchant les légumes.

Ses après-midi, il les aimait bien, justement. C'était le moment où le téléphone se calmait, où il pouvait boucler les dossiers en paix. Il disait souvent que son cerveau tournait mieux après le déjeuner, quand le bureau se vidait un peu. Il en plaisantait avec Nadia, sa voisine de bureau, qui elle préférait les premières heures du jour. Rien, dans cette routine bien huilée, ne laissait prévoir que ces heures tranquilles deviendraient bientôt les plus pénibles de sa semaine.

Fin octobre, une heure gagnée qu'il croyait être une aubaine

Le dimanche 25 octobre, la France est passée à l'heure d'hiver. Julien s'en souvient parce qu'il avait trouvé ça agréable, cette heure de sommeil en plus offerte par le calendrier. Il avait traîné au lit, préparé des crêpes pour sa fille, et s'était dit que l'automne commençait plutôt bien. Le lundi suivant, il était même arrivé au bureau un peu plus reposé que d'habitude. Le soleil se levait plus tôt, la lumière entrait dans la cuisine pendant son café.

Dans la foulée, il a pris une décision qui lui semblait raisonnable. Comme les matinées étaient fraîches et humides, il a remisé son vélo au garage et s'est mis à prendre le métro. Trente minutes sous terre, mais au sec, avec un podcast dans les oreilles. Claire avait approuvé, elle qui s'inquiétait de le voir rouler sous la pluie. Il partait même un peu plus tard, puisque le trajet était plus direct. Cela lui faisait gagner dix précieuses minutes de sommeil chaque matin.

Soyons honnêtes, on connaît tous ce raisonnement. Quand novembre approche, on se replie, on se protège du froid, on cherche le confort. Julien n'y voyait aucun problème. Au contraire, il se félicitait d'avoir adapté son organisation à la saison. Le midi, il mangeait désormais à son poste, une barquette réchauffée au micro-ondes, parce que sortir sous la grisaille ne lui disait plus rien. Il pensait faire des économies d'énergie, de temps et d'argent, sans imaginer ce que ce petit repli allait lui coûter.

« C'est le travail, je te dis, ils veulent tout pour hier et moi je n'en peux plus. »

Des coups de barre à 15 heures qu'il met sur le dos des dossiers

Les premiers signes sont arrivés dès la deuxième semaine de novembre. Vers 15 heures, Julien sentait une lourdeur s'installer derrière ses yeux, comme après un repas trop copieux. Il relisait trois fois la même ligne d'un bilan sans la comprendre. Il bâillait, se levait pour un café, revenait s'asseoir, et la fatigue était toujours là. Il a d'abord pensé à un mauvais sommeil, puis à la barquette de lasagnes du midi. Il a changé de menu, sans aucun résultat visible sur ses après-midi.

Ce qui l'a frappé ensuite, c'est son humeur. Il s'est surpris à répondre sèchement à Nadia, qui lui demandait simplement un tampon. Il a soupiré bruyamment en réunion quand son responsable a ajouté un dossier à sa pile. Le soir, il rentrait le visage fermé, et Claire le trouvait irritable dès qu'il passait la porte. Lui qui se croyait d'un naturel patient ne se reconnaissait plus. Il mettait tout cela sur le compte de la période, chargée comme chaque fin d'année.

C'est le travail, a-t-il lâché un soir à Claire, en posant ses clés un peu trop fort sur la console. Les clôtures annuelles approchaient, les clients relançaient, son chef voulait tout pour hier. L'explication tenait debout, et personne autour de lui ne l'a contestée. Pourtant, un détail ne collait pas. Les matinées, elles, se passaient plutôt bien. Il abattait ses dossiers avec énergie jusqu'au déjeuner. C'était seulement quand la lumière baissait derrière la vitre que tout semblait se gripper en lui.

Un bilan sanguin, une tisane et une colère qui ne passe pas

Fin novembre, Julien a fini par s'inquiéter sérieusement. Il a pris rendez-vous chez son médecin traitant, persuadé qu'il manquait de fer ou qu'il couvait quelque chose. La généraliste l'a écouté, lui a posé des questions sur son sommeil, et a prescrit une prise de sang. Les résultats sont revenus parfaitement normaux. Julien a ressenti un drôle de mélange de soulagement et d'agacement. Si son corps allait bien, alors c'était forcément sa tête, ou pire, son poste qui ne lui convenait plus.

Il a commencé à envisager des solutions plus radicales. Il a parlé à Claire d'un éventuel changement de cabinet, a même regardé quelques annonces le soir sur son téléphone. Il a tenté les tisanes, les siestes du week-end, les soirées sans écran. Rien ne changeait vraiment. Les après-midi restaient lourds, son humeur restait grise. Il a aussi essayé de boire davantage de café après le déjeuner, ce qui l'a surtout empêché de bien dormir. Le cercle se refermait sur lui, semaine après semaine.

Je me disais que j'étais en train de craquer, raconte-t-il aujourd'hui en haussant les épaules. Un jeudi, il a vraiment haussé le ton contre un stagiaire pour une erreur de saisie sans gravité. Le garçon est resté pétrifié, et Julien est allé s'enfermer quelques minutes dans les toilettes du couloir. Il s'est regardé dans le miroir, sous la lumière blafarde du néon. Il s'est trouvé le teint terne, les traits tirés, et il a compris qu'il ne pouvait plus continuer ainsi.

« Je me disais que j'étais en train de craquer, alors que je ne voyais juste plus le soleil. »

Une remarque de Nadia sur la lumière qui change tout

C'est Nadia qui a mis le doigt sur la piste, presque par hasard. Le lendemain de l'incident, elle l'a invité à prendre un café dehors, sur la petite place devant l'immeuble. Il était dix heures, le soleil d'hiver éclairait les façades. Elle lui a demandé depuis quand il ne voyait plus le jour. Julien a voulu rire, puis il a compté. Métro le matin, bureau sans fenêtre proche, déjeuner à son poste, et retour dans la nuit tombante.

Nadia lui a raconté qu'elle avait vécu la même chose deux hivers plus tôt. Elle en avait parlé à un médecin du sommeil, qui lui avait expliqué le rôle de la lumière sur l'horloge interne. Notre corps se cale en grande partie grâce à la clarté du jour. Quand le soir tombe une heure plus tôt et qu'on ne voit plus la lumière naturelle, ce rythme peut se dérégler. La fatigue et la mauvaise humeur de l'après-midi en seraient alors des signes fréquents.

Ce n'était donc ni son chef, ni ses dossiers, ni une maladie cachée. C'était le noir. En renonçant à son vélo, Julien avait supprimé sans le savoir sa seule vraie dose de lumière matinale. Le passage à l'heure d'hiver avait fait le reste, en avançant la tombée du jour. J'avais échangé le soleil contre dix minutes de sommeil, résume-t-il, un peu penaud. Nadia lui a conseillé ce qui avait marché pour elle : une demi-heure dehors, chaque matin, à la lumière du jour.

Trente minutes dehors chaque matin et des après-midi retrouvés

Julien a d'abord trouvé l'idée un peu simpliste, mais il n'avait plus grand-chose à perdre. Dès le lundi suivant, il a ressorti son vélo, avec un vrai blouson de pluie acheté une cinquantaine d'euros. Les jours de grosse averse, il descend du métro deux stations plus tôt et finit à pied le long du Rhône. Dans les deux cas, il passe environ trente minutes dehors, en pleine clarté du matin. Il a aussi recommencé à sortir déjeuner, même rapidement, sur un banc.

Les effets ne sont pas arrivés du jour au lendemain, mais au bout d'une dizaine de jours, il a senti la différence. Les coups de barre de 15 heures se sont espacés, puis ont presque disparu. Il dort mieux, s'endort plus facilement et se réveille avant son alarme. Surtout, l'irritabilité s'est envolée. Claire a remarqué qu'il riait de nouveau à table. Le stagiaire, lui, a reçu des excuses sincères et un croissant. Julien ne parle plus de changer de cabinet.

Il a désormais quelques réflexes qu'il partage volontiers autour de lui. Il ouvre les rideaux dès son réveil, prend son café près de la fenêtre et repousse les écrans tard le soir. Il dit simplement que ce rituel lui convient, à lui, et qu'en cas de fatigue durable, il faut d'abord consulter, comme il l'a fait. Mais il regarde différemment les grises mines de ses collègues en novembre. Avant d'accuser son travail, il conseille maintenant de vérifier une chose toute bête : combien de temps on passe réellement à la lumière du jour.

« J'avais échangé le soleil contre dix minutes de sommeil, et je ne m'en étais même pas rendu compte. »

  • Repérer si la fatigue arrive surtout l'après-midi, depuis le changement d'heure de fin octobre.
  • Compter le temps réellement passé à la lumière du jour, trajets compris.
  • Viser environ trente minutes dehors le matin : marche, vélo, arrêt de transport plus tôt.
  • Ouvrir les rideaux dès le réveil et prendre son petit-déjeuner près d'une fenêtre.
  • Sortir quelques minutes à la pause de midi plutôt que manger devant l'écran.
  • Consulter son médecin si la fatigue ou la mauvaise humeur persistent malgré tout.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

Articles: 49