Il rallume son insert à bois un soir d’octobre près d’Épinal : son assureur lui réclame un papier qu’il n’a jamais eu en vingt ans

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Dehors, une brume basse s'accroche aux sapins qui bordent la route de Remiremont. Il est un peu plus de dix-neuf heures, ce mardi d'octobre, quand Gérard, 64 ans, craque une allumette devant la vitre de son insert. Le petit bois crépite, l'odeur de résine remplit le salon. Sur la table de la cuisine, une enveloppe de son assureur attend, ouverte, qu'il veuille bien la relire.

Vingt hivers au coin du même feu, sans jamais y penser

Gérard et Monique habitent depuis vingt-deux ans une maison en crépi beige, à quelques kilomètres d'Épinal. Lui a fait toute sa carrière dans une scierie de la vallée, elle était aide-soignante à l'hôpital. L'insert, ils l'ont fait poser en 2004, quand le fioul avait commencé à grimper. Depuis, chaque automne ressemble au précédent, avec le même rituel et les mêmes gestes répétés sans y réfléchir.

Le bois arrive en septembre, livré par un cousin qui exploite une parcelle près de Bruyères. Huit stères de hêtre et de chêne, empilés sous l'appentis, qui sentent bon la forêt mouillée. Gérard les range lui-même, en rangées serrées, l'écorce vers le haut pour que la pluie glisse. Il aime ce travail, la fatigue honnête dans les épaules, le tas qui monte doucement contre le mur.

Le premier feu de la saison, c'est toujours lui qui l'allume, vers la mi-octobre. Monique dit en riant que c'est sa messe à lui. Ils dînent devant la flamme, la télévision éteinte, le chat roulé en boule sur le tapis. Dans cette maison, le chauffage au bois n'a jamais été une question, encore moins un sujet d'inquiétude. C'était simplement la façon dont on vivait l'hiver.

Le ramonage, il le faisait lui-même avec son hérisson

Les premières années, un artisan passait chaque été, un monsieur discret qui laissait une petite facture sur le buffet. Puis il a pris sa retraite, et Gérard n'a pas cherché de remplaçant. Il a acheté un hérisson et des cannes en magasin de bricolage, une quarantaine d'euros à l'époque. Monter sur le toit ne lui faisait pas peur, il avait l'habitude des hauteurs à la scierie.

Soyons honnêtes, son raisonnement tenait debout. Il brûlait du bois sec, bien stocké, il ne laissait jamais le feu couver toute la nuit. Quand il passait la brosse, il ne récoltait qu'un petit seau de suie grise et légère. Je vois bien ce qui sort, je ne suis pas idiot, répétait-il à Monique quand elle posait la question.

Et puis il y avait l'argent, évidemment. Un passage de professionnel coûte entre soixante et quatre-vingt-dix euros dans le secteur, parfois plus selon le conduit. Pour un couple de retraités qui surveille chaque dépense, la somme compte. Gérard voyait surtout cela comme une économie raisonnable, un savoir-faire transmis, et même une petite fierté de bricoleur qui ne dépend de personne.

« Je vois bien ce qui sort du conduit, je ne suis pas idiot, ça fait vingt ans que je le fais. »

Une ligne en petits caractères dans la lettre de renouvellement

La lettre est arrivée fin septembre, avec l'échéancier annuel de l'assurance habitation. D'ordinaire, Monique la classe sans la lire, dans la pochette verte du tiroir. Cette fois, une page supplémentaire était agrafée derrière, avec un intitulé qu'elle ne connaissait pas. L'assureur demandait de fournir, pour le dossier, le dernier certificat de ramonage du conduit de cheminée déclaré au contrat.

Elle l'a tendue à Gérard pendant qu'il épluchait des pommes de terre. Il a haussé les épaules, sans même s'essuyer les mains. Pour lui, c'était un courrier type, envoyé à tout le monde, une formalité de plus inventée par des bureaux lointains. On connaît tous ça, ces papiers qui réclament d'autres papiers, et qu'on finit par oublier sur un coin de table.

Pendant deux semaines, la feuille est restée là, sous la corbeille à fruits. Gérard a rallumé son insert comme chaque année, il a fait son ramonage maison un samedi matin. Il pensait vaguement écrire à l'assureur pour expliquer qu'il entretenait lui-même son conduit. Ce soir d'octobre, en regardant les flammes, il a quand même repris l'enveloppe et relu la phrase lentement.

Un coup de fil à l'agence qui ne rassure personne

Le lendemain matin, Gérard appelle l'agence d'Épinal. Une conseillère polie, mais pressée, lui explique que le certificat doit être délivré par un professionnel qualifié. Son propre ramonage, aussi soigné soit-il, ne permet pas d'obtenir ce document. Gérard insiste, raconte la suie légère, le bois sec, ses vingt ans sans le moindre souci. La voix au bout du fil reste aimable, mais ne change pas d'avis.

Il raccroche, agacé, et appelle son beau-frère Daniel, qui a longtemps été pompier volontaire à Saint-Dié. Daniel ne rit pas du tout. Il raconte des feux de cheminée vus en intervention, des maisons noircies à cause d'un bouchon de goudron invisible depuis le toit. Tu ne vois que ce que la brosse remonte, Gérard, pas ce qui reste collé plus haut.

Gérard cherche alors un ramoneur dans l'annuaire, puis sur le téléphone de Monique. Les deux premiers sont complets jusqu'en novembre, la saison de chauffe a déjà commencé pour tout le monde. Le troisième accepte de venir dix jours plus tard, un jeudi matin. En attendant, Monique demande qu'on n'allume plus l'insert, et le salon retrouve le froid humide de l'automne vosgien.

« Tu ne vois que ce que la brosse remonte, Gérard, pas ce qui reste collé plus haut. »

Ce que le ramoneur a montré au fond du conduit

Le ramoneur s'appelle Kevin, il a trente ans et une camionnette blanche couverte de suie. Il installe une bâche, un aspirateur, puis glisse une caméra dans le conduit. Sur le petit écran, Gérard voit apparaître une croûte brillante, noire et boursouflée, à environ deux mètres au-dessus de l'insert. C'est du bistre, explique Kevin, un dépôt de goudron qui se forme quand les fumées refroidissent trop vite.

La brosse de Gérard glissait dessus sans l'entamer depuis des années. Rien de dramatique encore, précise Kevin, mais ce genre de couche peut s'enflammer lors d'un feu un peu vif. Il passe près d'une heure à gratter, avec un outil rotatif. Il vérifie aussi le tubage et le chapeau du toit, puis remplit son certificat sur une tablette, en notant la date et l'état du conduit.

C'est en rangeant son matériel qu'il explique le reste, sans hausser le ton. Dans les Vosges comme dans beaucoup de départements, le règlement sanitaire départemental impose le ramonage, souvent deux fois par an, dont une pendant la période de chauffe. Et le certificat sert justement de preuve. Mes clients l'apprennent souvent par leur assureur, dit-il, rarement avant, et parfois après un sinistre.

Deux passages par an, un papier rangé dans la pochette verte

Ce soir-là, Gérard relit enfin son contrat en entier, page après page, avec ses lunettes de lecture. La clause existe, noir sur blanc : en cas d'incendie lié au conduit, l'absence de certificat peut entraîner une réduction de l'indemnisation. Il pense à la maison, aux vingt-deux ans de souvenirs, à ce que lui aurait coûté un feu de cheminée sans justificatif.

La facture de Kevin s'élève à soixante-quinze euros, caméra comprise. Gérard a pris rendez-vous pour un second passage en février, au cœur de l'hiver. Il garde son hérisson pour un coup de brosse entre deux visites, mais il ne le considère plus comme suffisant. J'ai cru faire des économies pendant quinze ans, et en fait je jouais avec la maison, dit-il à Daniel au téléphone.

L'insert brûle de nouveau dans le salon, le chat a retrouvé son tapis. Le certificat, imprimé en double, est rangé dans la pochette verte, l'autre exemplaire envoyé à l'assureur. Monique a noté les deux dates de ramonage sur le calendrier de la Poste accroché dans la cuisine. Pour qui se chauffe au bois, quelques vérifications simples évitent de découvrir tout cela trop tard.

« Mes clients l'apprennent souvent par leur assureur, rarement avant, et parfois malheureusement après un sinistre. »

  • Consulter le règlement sanitaire départemental de sa commune pour connaître la fréquence exigée de ramonage.
  • Prévoir souvent deux passages par an, dont un pendant la période de chauffe.
  • Faire appel à un professionnel qualifié, seul habilité à délivrer le certificat de ramonage.
  • Conserver chaque certificat daté et en transmettre une copie à son assureur si le contrat le demande.
  • Relire la clause cheminée de son assurance habitation pour vérifier les conditions d'indemnisation.
  • Réserver son ramoneur dès l'été, avant que les plannings ne se remplissent à l'automne.

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Emilie Morlaes
Emilie Morlaes

Émilie Morlaes a toujours été passionnée par l'écologie et par une façon de vivre plus simple : produits sans chimie, bio, fait maison, consommation raisonnée. Ancienne gérante d'un salon de coiffure à La Grande-Motte, elle suit de près tout ce qui touche à l'environnement, à l'alimentation et aux produits du quotidien, et partage ici ce qui change concrètement pour vous.

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